Sur son site de campagne, le maire sortant Pierre-Christophe Baguet met en avant un long document intitulé « 55 projets réalistes », présenté comme la preuve d’une gestion « solide » et « exemplaire ». Impôts bas, dette en baisse, ville primée : le récit est séduisant.
Mais l’examen des données budgétaires publiques, des comptes de la SPL de l’Île Seguin et d’évaluations indépendantes dessine une réalité plus contrastée… Bref, comme pour les autres candidats, Le Petit Boulonnais vous a analysé tout ceci. Décryptage.

Impôts bas : un fait réel… mais des recettes en forte hausse

Le document de campagne affirme :

Le taux communal de taxe foncière (15,09 %) est effectivement parmi les plus faibles des grandes villes et n’a pas été augmenté depuis 2009.

Mais cette stabilité du taux ne signifie pas stabilité de l’impôt payé.

Entre 2020 et 2024, les recettes fiscales ont progressé de plus de 40M€, sous l’effet :

  • de la revalorisation nationale des bases,
  • de nouvelles constructions,
  • de l’évolution de la valeur locative.

Autrement dit : pas de hausse politique du taux, mais une hausse mécanique de la facture pour les propriétaires.

Fiscalité : taux stable ≠ impôt stable

Le taux communal de taxe foncière est resté à 15,09% depuis 2009. Mais la revalorisation nationale des bases et les nouvelles constructions ont entraîné une augmentation significative des recettes fiscales. Pour les contribuables, la stabilité du taux ne signifie pas stabilité du montant payé.

Dépenses maîtrisées… mais externalisation vers les satellites

La campagne revendique une hausse limitée des charges générales (+5,5 % entre 2008 et 2025, contre +26 % d’inflation). (Source : www.pcbaguet2026.com).

Les comptes budgétaires confirment une progression modérée sur ce poste.

Mais deux nuances importantes :

  • la masse salariale et certaines participations ont augmenté plus vite ;
  • une partie de l’effort d’investissement a été transférée vers la SPL Val de Seine Aménagement, qui porte l’essentiel du risque financier de l’Île Seguin.

La sobriété du budget principal ne reflète donc pas toute la réalité consolidée.

Dette en baisse… ou dette déplacée ?

La campagne affirme :

Sur le budget principal, la tendance est effectivement à la baisse sur longue période.

Mais les comptes 2024 de la SPL montrent :

  • plus de 430 M€ de dettes financières,
  • 307 M€ d’emprunts garantis par la ville et le département,
  • 215,4 M€ couverts par hypothèque sur les terrains centraux de l’Île Seguin.

La page de campagne évoque 255 M€ de dépenses pour 260 M€ de recettes attendues (Source : www.pcbaguet2026.com).

Le mot-clé ici est : attendues.

Ces recettes dépendent du marché immobilier et des conditions finales de cession.

Présenter la dette comme « en baisse » sans intégrer cette composante essentielle donne donc une vision partielle.

Île Seguin : le cœur du risque financier

La dette du budget principal baisse sur longue période. Mais la SPL Val de Seine Aménagement porte plus de 430 M€ d’endettement, dont 307 M€ garantis par la Ville. Les recettes futures de l’Île Seguin restent conditionnées au marché immobilier.

Les surcoûts : oppositions ou choix politiques ?

Le document incrimine largement les recours des oppositions pour expliquer les retards et surcoûts (Source : www.pcbaguet2026.com).

Il est exact que des recours ont retardé certains projets.

Mais les comptes de la SPL font aussi apparaître :

  • des reconfigurations successives du programme,
  • des hypothèses tertiaires ambitieuses (jusqu’à 123 000 m² de bureaux),
  • des frais financiers élevés liés au portage long.

Réduire l’origine des surcoûts aux seuls recours relève d’une lecture très partisane.

Palmarès flatteurs… et mention « médiocre »

La campagne met en avant « 38 prix, trophées, palmarès » (Source : www.pcbaguet2026.com).

Ces distinctions existent. (Lire notre article sur le sujet)

Mais l’« Argus des communes » de Contribuables Associés (Source : actions.touscontribuables.org), fondé sur les données DGFiP, attribue à Boulogne-Billancourt la mention « médiocre » (2021-2024) en matière de gestion.

Cette association a une ligne militante favorable à la baisse de la dépense publique.
Mais sa méthodologie repose sur des données officielles.

Conclusion : la qualification de « ville parmi les mieux gérées » relève d’un jugement politique, pas d’un consensus.

Classements : attention aux critères

La campagne met en avant de nombreux palmarès favorables. À l’inverse, l’Argus des communes (Contribuables Associés) attribue à Boulogne la mention « médiocre » (2021-2024). Ces évaluations reposent sur des méthodologies différentes. Il ne s’agit pas d’un verdict absolu, mais d’un débat d’interprétation.

55 projets : un programme… sans chiffrage

La liste énumère (Source : www.pcbaguet2026.com) :

  • deuxième piscine,
  • plan « Marshall » trottoirs,
  • géothermie,
  • château Rothschild restauré,
  • port Legrand,
  • téléphérique,
  • Maison de Répit.

Mais :

  • aucun calendrier,
  • aucune hiérarchisation,
  • aucune enveloppe budgétaire détaillée.

Il s’agit davantage d’une liste d’intentions que d’un programme structuré.

Nos conclusions : un récit maîtrisé, mais une réalité plus nuancée, et un programme bien moins structuré que ses challengers

Le « bilan-projets » de Pierre-Christophe Baguet repose sur une logique implacable : démontrer que la gestion passée suffit à garantir l’avenir. Fiscalité stable en taux, dépenses encadrées, attractivité maintenue : sur ces points, le maire sortant peut s’appuyer sur des éléments factuels. Mais ceux-ci reposent néanmoins sur un équilibre financier plus fragile qu’il n’y paraît.

Car l’analyse consolidée révèle :

  • une forte exposition via la SPL,
  • un pari immobilier structurant,
  • des projets non chiffrés,
  • des évaluations extérieures contrastées.

Par ailleurs, comparé aux autres candidats, son offre apparaît moins structurée.

Face à Antoine de Jerphanion, le contraste est clairement budgétaire :
De Jerphanion propose une remise à plat complète des comptes consolidés, avec audit et réévaluation des risques liés à l’Île Seguin. Baguet, lui, défend la trajectoire existante et présente les engagements immobiliers comme sécurisés. L’un met en avant une prudence et une maîtrise financière prospective, l’autre une simple continuité en mode « ayez confiance ».

Face à Judith Shan, la différence est évidemment sociale :
Shan structure son programme autour des services publics du quotidien (écoles, santé, solidarités) avec une volonté affichée de réorientation budgétaire. Baguet privilégie une logique d’investissements d’image et de grands projets (deuxième piscine, château Rothschild, pôle culturel Seguin). L’un met l’accent sur la redistribution sociale, l’autre sur l’apparence et la grandeur de la ville.

Face à Pauline Rapilly Ferniot, l’écart est lui programmatique :
Rapilly Ferniot avance des caps ambitieux (25 % de logements sociaux, centre municipal de santé, démocratie participative) mais encore peu chiffrés. Baguet, lui, présente 55 projets, mais sans calendrier ni enveloppe détaillée. Dans les deux cas, le chiffrage manque clairement — quand l’une assume un changement de modèle, l’autre s’inscrit dans une continuité sans chiffres.

Au fond, la différence tient à la philosophie :

  • Les challengers proposent une rupture assumée, plus ou moins risquée, ou audacieuse comme par exemple sur la réouverture de la patinoire (Lire notre article sur PAB qui s’invite aux municipales 2026).
  • Le maire sortant propose une continuité revendiquée, mais qui repose largement sur un pari immobilier structurant et risqué.

Le programme de Baguet n’est ni le plus détaillé, ni le plus audacieux.
Il est clairement conservateur, et peut-être le moins préparé ?

En mars 2026, le choix ne sera donc pas seulement financier.
Il sera politique : celui de la continuité, ou celui du changement.

Ce qu’il faut retenir

Fiscalité stable en taux mais recettes en hausse, dette principale en baisse mais exposition massive via la SPL de l’Île Seguin, projets nombreux mais non chiffrés : le « bilan-projets » de Pierre-Christophe Baguet présente une gestion structurée, mais plus fragile et plus contrastée que ne le suggère sa communication de campagne.

Sources utilisées
1) Document de campagne de Pierre-Christophe Baguet
  • Site Web de campagne de PC Baguet http://www.pcbaguet2026.com : bilan du mandat, affirmations sur la fiscalité, les charges, la dette, l’Île Seguin et liste des « 55 projets réalistes ».
2) Communication municipale et magazine BBI
  • BBI n°542 (février 2026) : éléments sur la taxe foncière (15,09%), absence de hausse de taux depuis 2009, comparaisons avec les grandes villes, mise en avant de palmarès favorables (sécurité, petite enfance, etc.).
  • Pages officielles et contenus municipaux cités/relayés dans le BBI (orientations budgétaires, messages institutionnels).
3) Données financières officielles – Ville de Boulogne-Billancourt
  • Comptes administratifs / compte financier unique et rapports budgétaires (2019–2025) : évolution des dépenses de fonctionnement, recettes fiscales, investissements et dette du budget principal.
  • Données fiscales locales : taux communal de taxe foncière et évolution des bases (revalorisations nationales, nouvelles constructions).
4) Île Seguin – SPL Val de Seine Aménagement
  • Comptes 2024 de la SPL Val de Seine Aménagement : niveau total de dette (plus de 430 M€), emprunts garantis (environ 307 M€), promesse d’affectation hypothécaire sur l’Île Seguin (215,4 M€), trajectoire dépenses/recettes de la ZAC Seguin–Rives de Seine.
5) Dossiers institutionnels – ZAC Seguin–Rives de Seine
  • Dossiers d’enquête publique et présentations institutionnelles : évolution des programmes (bureaux/logements/équipements), calendrier, facteurs de retard (dont contentieux) et logique de montage.
6) Classements et évaluations extérieures
  • Palmarès cités par la Ville (sécurité, petite enfance, etc.) : vérification de l’existence des classements et de leur utilisation dans la communication locale.
  • Argus des communes – Contribuables Associés : mention globale « médiocre » (2021–2024) pour Boulogne-Billancourt, méthodologie annoncée basée sur des données DGFiP. (https://actions.touscontribuables.org)
7) Contexte démocratique local
  • Tracts et publications associatives (ex. Patiner à Boulogne) : éléments cités sur le BBI, la diffusion des conseils municipaux, audits non publiés et tensions sur la transparence locale.

Une réponse à « Pierre-Christophe Baguet : derrière le « bilan-projets », que disent vraiment les chiffres ? Notre analyse »

  1. […] un premier article (Lire)consacré au bilan et aux “55 projets” de Pierre-Christophe Baguet, son programme détaillé […]

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