
À ce stade de la campagne municipale 2026, un constat s’impose : seuls Judith Shan, Pauline Rapilly Ferniot et Antoine de Jerphanion ont pris le risque – et le temps – de proposer un programme riche, structuré et détaillé. Pour un média citoyen comme Le Petit Boulonnais, c’est presque un luxe. Après l’analyse du projet porté par la gauche et le centre-gauche, place à celui d’Antoine de Jerphanion : une droite locale qui promet la rupture, s’attaque frontalement à la dette, à l’Île Seguin et à la gouvernance municipale, et entend « mieux circuler, mieux respirer, mieux gérer ».
Un héritier dissident qui attaque sur la dette
Le document s’ouvre sur une interview très personnelle. Antoine de Jerphanion s’y présente comme un enfant du pays, élu depuis six ans, ancien adjoint au maire chargé de l’attractivité, décidé à « réveiller notre belle endormie ». Le positionnement est clair : pas de rupture idéologique avec la droite locale, mais une rupture avec « 18 ans d’une même gestion ».
La charge principale vise la situation financière de la ville et de ses satellites. Le programme agrège les chiffres de la commune, des budgets annexes et de structures comme la SPL Val de Seine Aménagement ou la SCIC du basket professionnel, pour décrire une dette passant de 110 à 186 M€ entre 2022 et 2026, avec une projection à 230 M€ en 2028. Il pointe aussi une hypothèque de 215 M€ sur des terrains de l’Île Seguin – chiffre confirmé par les comptes 2024 de la SPL – et liste des dépenses jugées extravagantes (basket, passages piétons lumineux, marché Billancourt, projets abandonnés). C’est sur ce diagnostic qualifié de « cavalerie financière » qu’il fonde sa promesse : ne pas augmenter les impôts tout en “mieux gérant”.
Une droite locale « de rupture » : même famille politique, mais promesse de changement de méthode. Le fil rouge : dette, Île Seguin, transparence et efficacité des services.
Mieux circuler : la révolution de Marcel-Sembat
Premier pilier du programme, « Mieux circuler » fait des mobilités la priorité du mandat.
L’axe Vaillant-Leclerc et la place Marcel-Sembat sont qualifiés de « véritable autoroute » qui coupe la ville en deux. Antoine de Jerphanion promet d’y mettre fin en transformant cet axe en boulevard urbain apaisé, inspiré de l’avenue Charles-de-Gaulle à Neuilly-sur-Seine, avec études techniques, données de trafic et concertation citoyenne comme base.
Plusieurs chantiers structurants sont annoncés :
- Quais de Seine : création d’une « boucle verte » piétons/vélos avec le Département.
- Sous-sols optimisés : parking souterrain sous la route de la Reine, adossé aux travaux 2027-2029.
- Plan vélo : concrétiser enfin les plans financés par GPSO et les autres niveaux.
- Sécurité routière : rues aux écoles, espace public plus lisible, renforcement des contrôles.
- Transformation Marcel-Sembat / Vaillant-Leclerc en boulevard urbain apaisé.
- Boucle verte sur les quais (piétons / vélos) avec le Département.
- Parking souterrain route de la Reine (calé sur les travaux 2027-2029).
- Réseau vélo lisible et sécurisé + rues aux écoles aux heures d’entrée/sortie.
L’ensemble dessine un projet de ville très centré sur la circulation, mais qui suppose des investissements importants dont le financement précis reste à documenter.
Mieux respirer : patinoire, padel et cadre de vie
Sous « Mieux respirer », Antoine de Jerphanion mêle propreté, sport et qualité de vie.
Sur la propreté : plus de poubelles et de bacs de tri, seconde tournée hebdomadaire des bacs jaunes, encombrants à la demande, fermeté accrue sur les déjections canines et meilleur entretien des parcs canins.
Le volet le plus commenté reste celui des équipements sportifs :
- Réouverture de la patinoire : retour à un modèle présenté comme vertueux (récupération de chaleur, programmation mixte, partenariat privé).
- Padel / pickleball : sortie du provisoire, trois sites dédiés (L’Abreuvoir, Île Seguin, îlot Renault Yves-Kermen).
- Sport de proximité : 10 km, family run, skate-park, rénovation des gymnases, sport-santé.
Le bloc répond aux critiques sur la fermeture de la patinoire tout en assumant l’attractivité du padel, mais il devra être confronté aux contraintes juridiques et financières d’un équipement énergivore.
Mieux gérer : transparence, services publics et pouvoir d’achat
Le pilier « Mieux gérer » est la marque de fabrique du candidat : une mairie plus simple, plus numérique et plus transparente.
- Compte usager unique pour regrouper toutes les démarches.
- Conseil municipal en direct et replay + tableau de bord trimestriel public.
- « Nouveau BBI » : magazine municipal « factuel, sans autopromotion du maire ».
Le programme ajoute un volet social et sécurité dans une logique de gestion :
- sécurité (commissariat, police municipale, vidéosurveillance) ;
- familles/jeunesse (maison de la parentalité, harcèlement, Pass Jeune Citoyen) ;
- seniors/handicap (EHPAD au Rouvray, antenne MDPH) ;
- logement/pouvoir d’achat (achats groupés d’énergie, logements intermédiaires, aides ciblées CCAS).
Dette, Île Seguin et zones d’ombre financières
Le programme se distingue par un discours offensif sur la dette et l’Île Seguin. Il met en avant la hausse de l’endettement, l’hypothèque de 215 M€ sur des terrains de l’Île et les risques liés à la SPL. Les comptes 2024 de la SPL confirment effectivement : plus de 430 M€ de dettes et 307 M€ de capital restant dû garanti, dont 215,4 M€ sous promesse d’affectation hypothécaire.
Pour autant, plusieurs questions restent ouvertes :
- La promesse de ne pas augmenter les impôts repose sur des économies attendues, sans chiffrage complet de ses propres investissements (patinoire, Marcel-Sembat, parking, EHPAD, plateforme numérique…).
- Consolider dans un même chiffre la dette Ville/GPSO/SPL relève davantage d’une construction politique que d’un document comptable officiel : le défi sera de traduire cette critique en arbitrages précis.
- Quels chiffrages détaillés pour les gros investissements annoncés ?
- Quelles économies concrètes pour tenir le « sans hausse d’impôts » ?
- Quelle stratégie sur l’Île Seguin et la SPL pour réduire les risques ?
Nos conclusions
Antoine de Jerphanion propose une droite de rupture par la méthode : moins de vitrines, plus de gestion, de transparence et de projets structurants. Le programme est dense, cohérent, parfois très technique — et, comme celui de Judith Shan, il a le mérite de donner matière à débat, chiffres à l’appui.
Reste la question centrale, commune aux trois candidats analysés : comment financer durablement ces ambitions sans alourdir la facture des Boulonnais ? C’est sans doute là que se jouera l’arbitrage final.
- Un programme dense, structuré, rare dans cette campagne avec celui de Judith Shan.
- Axes forts : dette/Île Seguin, mobilités, patinoire, transparence et sécurité.
- La cohérence est claire ; le financement détaillé des grands investissements reste à objectiver.
Documents de campagne
- Programme « Mieux circuler / Mieux respirer / Mieux gérer » – Antoine de Jerphanion (édition 2026)
- Interview et présentation du candidat dans le document de campagne
Documents financiers et budgétaires
- Comptes 2024 de la SPL Val de Seine Aménagement : niveau d’endettement, emprunts garantis, hypothèque de 215,4 M€ sur l’Île Seguin
- Compte financier unique et rapports budgétaires récents de la Ville de Boulogne-Billancourt
Île Seguin et ZAC Seguin – Rives de Seine
- Dossiers publics et présentations institutionnelles sur la ZAC Seguin–Rives de Seine
- Documents relatifs aux permis de construire et aux engagements financiers de la SPL
Contexte et données publiques
- Données Insee sur la population et les grandes masses financières locales
- Documents et débats du conseil municipal de Boulogne-Billancourt
Ces sources permettent de distinguer les éléments factuels du programme, les projections financières, et les choix politiques assumés par le candidat dans le cadre de la campagne municipale 2026.



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