
C’est une ville où les alternances politiques sont aussi rares qu’un vélo en double file sur l’avenue Jean Jaurès. À Boulogne-Billancourt, la droite règne sans partage depuis des décennies. Mais ce règne sans heurts est-il le fruit d’un dogme politique… ou d’une sociologie bien huilée ?
Un demi-siècle de stabilité à droite
Deuxième commune d’Île-de-France par sa population, Boulogne-Billancourt affiche une constance politique qui ferait pâlir d’envie n’importe quel stratège électoral : depuis plus de 70 ans, la ville vote majoritairement à droite. Pourtant, cette longévité ne tombe pas du ciel.
L’histoire politique de la ville révèle une trajectoire en deux temps : une parenthèse à gauche entre 1919 et 1942, incarnée par André Morizet – maire socialiste engagé dans l’urbanisme et le progrès social –, puis un virage assumé dès l’après-guerre. Alphonse Le Gallo (1944-1965), Albert Agogué (1965-1971), puis surtout Georges Gorse (1971-1991) installent une droite modérée, gaulliste ou centriste, solidement ancrée. Jean-Pierre Fourcade, puis Pierre-Christophe Baguet depuis 2008, prolongent cette tradition. Ce dernier est même réélu au premier tour en 2020 avec 56 % des voix. Du cousu main.
La sociologie comme boussole électorale
La persistance du vote à droite ne se résume pas à une habitude. Elle repose sur un terreau sociologique fertile :
- 34 % de cadres et professions intellectuelles supérieures (contre 19 % au niveau national),
- Un revenu médian de 35 040 €,
- Un taux de pauvreté limité à 9 %.
Ajoutez à cela un tissu économique dense – sièges sociaux, tech, médias – et une population mobile, diplômée, souvent modérée. Un électorat rationnel, peu perméable aux extrêmes, qui préfère la gestion à la révolution.
Résultat : le Rassemblement National y fait pâle figure, et la gauche dépasse rarement 25-30 % au second tour des municipales.
Les divisions de la droite… sans conséquence
La vie politique locale n’est pourtant pas un long fleuve tranquille : rivalités entre RPR et UDF hier, entre LR, Horizons ou Renaissance aujourd’hui. Mais ces divisions restent des querelles de famille : la maison reste à droite, même si les héritiers se disputent la salle à manger.
En 2020, malgré une pluralité de listes à droite, Pierre-Christophe Baguet l’a emporté haut la main, reléguant la gauche et les écologistes loin derrière. Au conseil municipal, la majorité LR gouverne avec confort. L’opposition, elle, se compose de fragments plus que de forces.
La gauche : un souvenir de l’entre-deux-guerres
Mis à part le mandat d’André Morizet et une brève embellie à la Libération, la gauche n’a jamais vraiment retrouvé de souffle à Boulogne. Présente, certes – au conseil municipal, dans quelques bastions militants –, elle ne parvient pas à incarner une alternative crédible dans une ville où la modération est reine.
Même les vagues vertes n’ont fait que frémir les rives de la Seine. Boulogne reste une forteresse au vernis très bleu.
Nos conclusions : plus qu’un vote, une culture politique locale
Ce qui frappe, à Boulogne-Billancourt, c’est moins l’hégémonie d’un parti que la cohérence d’un électorat. Ici, on vote à droite comme on prend le métro ligne 9 : sans drame, sans surprise, avec une régularité presque rassurante.
Alors, ville de droite ou ville de gestionnaires ? Sans doute les deux. Reste à savoir si, à l’horizon 2026, une faille viendra un jour troubler cet alignement parfait. En attendant, la mairie reste une adresse bien gardée.
Sources utilisées : Histoire et liste des maires de Boulogne-Billancourt (Mairie, Wikipédia, Annuaire-mairie), Résultats des élections municipales et législatives, Analyses politiques (Le Monde, Le Parisien), INSEE, données démographiques et sociologiques





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