
À Meudon, le maire reçoit des menaces pour ses pistes cyclables. À Boulogne-Billancourt, le maire menace… les cyclistes. Deux villes voisines, deux visions du vélo, un même département, et pourtant un fossé béant entre courage politique et confort électoral.
La rue, champ de bataille politique
Le vélo, ce simple engin à deux roues, semble être devenu un objet de discorde majeur dans les Hauts-de-Seine. À Meudon, Denis Larghero (UDI) subit insultes et menaces pour avoir osé proposer une piste cyclable sécurisée rue Henri-Savignac. À Boulogne-Billancourt, Pierre-Christophe Baguet (LR), lui, fait tout pour ne pas en proposer. Deux styles, deux maires, deux philosophies… et deux façons bien différentes de comprendre le mot « transition ».
À Meudon, la piste du courage
Le projet meudonnais a tout d’un cas d’école : une mise en sens unique, des séparateurs en béton, une limitation à 30 km/h – bref, le minimum pour protéger les cyclistes. Mais dans ce département où la voiture règne encore en maître, ces modestes aménagements ont déclenché une levée de boucliers. Tags menaçants sur la mairie, promesses de voitures brûlées : certains ont visiblement pris la voie douce pour un acte de guerre.
Face à cette escalade verbale, Denis Larghero ne recule pas. Il condamne fermement les intimidations, assume son plan vélo et poursuit les travaux. Qu’on aime ou non sa politique, difficile de nier qu’il fait preuve d’un certain cran. À l’heure des reculs tactiques, cela mérite d’être noté.
À Boulogne-Billancourt, la politique du guidon immobile
De l’autre côté de la Seine, le décor est tout autre. Le plan vélo boulonnais ? D’abord annoncé pour 2025, désormais reporté à 2030. Quant aux aménagements actuels, ils se résument pour l’essentiel à des bandes cyclables symboliques, coincées entre deux files de voitures stationnées et la promesse d’un stress permanent.
Les associations locales, comme Mieux se Déplacer à Bicyclette ou Patiner à Boulogne, ne cessent de dénoncer cette inertie. Mais Pierre-Christophe Baguet, plutôt que d’écouter les cyclistes, préfère se poser en victime. Il accuse régulièrement ces associations de le menacer — quand elles ne font, en réalité, que pointer son absence de politique cyclable.
Deux maires, deux visions de leur rôle
À Meudon, l’élu assume les conflits, affronte la fronde, prend le risque d’être impopulaire pour défendre ce qu’il pense juste. À Boulogne, on évite les remous, on joue la montre, on laisse la circulation décider pour nous. Résultat : une ville où les cyclistes sont rares… et maltraités.
Cette dichotomie dit tout du rapport au pouvoir local. Là où certains voient leur mandat comme une mission de transformation, d’autres le considèrent comme un mandat de gestion sans vagues. Et dans le silence du bitume boulonnais, les roues peinent à tourner.
Les effets collatéraux de l’inaction
À Meudon, malgré la violence des opposants, la politique cyclable progresse. Si elle aboutit, elle pourrait faire figure d’exemple à l’échelle du territoire. À Boulogne-Billancourt, en revanche, le manque d’ambition creuse un fossé entre les habitants et leurs élus. De plus en plus nombreux sont ceux qui réclament des trottoirs sûrs, des pistes continues, une respiration dans une ville saturée.
Et l’approche des élections municipales de 2026 pourrait bien transformer la question cyclable en thème central de campagne. Car au-delà des infrastructures, c’est aussi une certaine idée de la ville qui se joue.
Nos conclusions : deux maires, deux visions du progrès urbain
Alors que Denis Larghero à Meudon prend des risques pour développer les mobilités douces et construire une patinoire neuve, Pierre-Christophe Baguet à Boulogne-Billancourt s’enlise avec une constance remarquable dans l’inaction. Là où Meudon démontre qu’audace politique et investissements structurants peuvent cohabiter, Boulogne-Billancourt semble avoir opté pour une doctrine plus prudente : ne rien faire, mais le faire durablement.
Entre choix assumés et absence de choix, les deux communes incarnent deux modèles. L’une construit pour demain, l’autre gère l’immédiat – à coups de demi-mesures et de promesses reportées. Et pendant que la transition écologique s’accélère partout ailleurs, Boulogne pédale toujours… sans les pédales.
À l’approche des municipales de 2026, la question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais quand. Et surtout : combien de temps encore Boulogne-Billancourt choisira-t-elle de regarder le train – ou plutôt le vélo – passer ?
Sources : Le Parisien, Journal de Meudon




Répondre à Mûche Annuler la réponse.