Annoncée en grande pompe en 2016, gelée en toute discrétion en 2017, la fusion entre Boulogne-Billancourt et Issy-les-Moulineaux semblait promise à l’histoire locale. Mais voilà qu’en 2025, le projet refait timidement surface, entre fantasme technocratique, résistances citoyennes et trous budgétaires. Récit d’un « couple » politique qui ne s’est jamais vraiment dit oui… mais pas tout à fait non.

2016 : quand Baguet et Santini rêvaient d’un « Bougny-les-Moulineaux »

Les maires Pierre-Christophe Baguet (LR) et André Santini (UDI) avaient vu grand : fusionner leurs deux communes pour créer une ville de 180 000 habitants, plus grande que Lille intra-muros, et 12ᵉ de France.

Les objectifs ?

  • Peser dans la Métropole du Grand Paris,
  • Mutualiser les services publics,
  • Attirer les entreprises du numérique,
  • Et, cerise sur le gâteau, réduire les dépenses (sur le papier) de « plusieurs dizaines de millions ».

Prévue pour le 1er janvier 2018, la fusion devait passer par une validation des conseils municipaux… et une consultation populaire sur le nom de la future entité (les paris restent ouverts).

2017 : la douche froide législative

Le rêve a tourné court, pour trois raisons majeures :

  • L’État a coupé les vivres : un amendement pour maintenir les dotations post-fusion est rejeté à l’Assemblée. Traduction : sans gel des subventions, la fusion devenait un gouffre fiscal.
  • Pas de soutien gouvernemental : Emmanuel Macron, alors tout en promesses réformatrices, laisse le dossier sur le coin du bureau.
  • Blocages politiques locaux : à gauche, on dénonce un « cadeau fiscal à deux villes déjà riches ». À droite, Thierry Solère (député LR de l’époque) critique l’absence de mandat démocratique.

2025 : un projet enterré… ou juste en sommeil ?

Officiellement, rien n’a bougé depuis huit ans. Officieusement, les deux maires n’ont jamais prononcé l’acte de décès. Pourquoi ? Parce que :

  • Les restrictions budgétaires s’aggravent,
  • Les récentes fusions (Pierrefitte–Saint-Denis) montrent que l’État ne ferme pas totalement la porte,
  • Et Baguet évoquait en 2017 une relance « quand le millefeuille territorial sera simplifié ». Autant dire : aux calendes grecques.

Ce qui bloque toujours aujourd’hui

Et on ne parle même pas de la guerre de succession politique : Baguet ou Santini à la tête de la nouvelle ville ? Suspense (et crispation) garantis.

Un projet de fusion devenu outil de négociation

Aujourd’hui, la fusion sert surtout de levier politique :

  • Pour peser dans les arbitrages budgétaires,
  • Pour menacer (gentiment) l’État en cas de coupes,
  • Pour relancer un vieux rêve technocratique sans prendre le risque… de le réaliser.

Mais relancer ce projet exigerait trois conditions :

  1. Garantie d’un maintien des dotations d’État,
  2. Consultation populaire obligatoire (réclamée par 83 % des habitants),
  3. Renouvellement politique post-municipales 2026.

Nos conclusions : un mariage de raison qui attend toujours l’acte de fiançailles

Entre ambitions économiques, manœuvres budgétaires et craintes identitaires, la fusion Boulogne–Issy reste coincée dans les tiroirs. Pas morte, pas vivante, juste bien rangée dans une enveloppe kraft marquée « à relancer en cas de besoin ».

Une chose est sûre : sans volonté politique claire, sans adhésion citoyenne, et sans générosité de Bercy, ce mariage ne sera ni célébré, ni consommé.

Et en attendant, chacun dort dans sa ville. Chacun son budget. Chacun sa dette.

Une réponse à « Fusion Boulogne–Issy : mariage arrangé ou divorce à l’amiable ? »

  1. […] La fusion avec Issy-les-Moulineaux, un serpent de mer que certains évoquent déjà en coulisses. (lire notre article) […]

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