
Avec près de 8 millions d’euros de pénalités annuelles pour non-respect de la loi SRU, Boulogne-Billancourt s’est hissée au panthéon des communes qui préfèrent payer plutôt que partager. À force de fuir les logements sociaux comme la peste, la mairie creuse une fracture sociale bien réelle, tout en creusant son propre budget. Entre logique comptable et résistance idéologique, la ville marche résolument… à contresens.
Un retard assumé, un modèle rejeté
Depuis 2000, la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU) impose aux communes de disposer d’au moins 20 à 25 % de logements sociaux. Mais à Boulogne-Billancourt, on préfère visiblement la sélection à l’inclusion : 15 % de logements sociaux en 2025, bien loin des objectifs, et encore plus loin de la réalité sociale des habitants.
Entre 2020 et 2022, la ville n’a réalisé que 13 % des logements sociaux prévus. Un score qui la place au rang des pires élèves de France, aux côtés de Neuilly ou Nice — autre club select des villes où le « vivre-ensemble » se pratique surtout à distance.
Des excuses bétonnées, mais des actes fragiles
Côté mairie, le discours est rodé :
- Pas assez de foncier dans une ville déjà bétonnée (et privatisée au millimètre carré).
- Volonté de construire « des logements familiaux » plutôt que des studios, ce qui « plombe les ratios », mais pas les consciences.
- Conjoncture défavorable : hausse des coûts, taux d’intérêt, inflation… et probablement aussi de la patience des citoyens.
Bref, on ne peut rien faire. Ou plutôt : on ne veut pas faire autrement.
Quand la solidarité devient une ligne de dépense
Chaque année, la ville paie le prix de ce choix : 8 millions d’euros de pénalités en 2025, contre 7 millions en 2021. À titre de comparaison, cela représente plus de 10 % des impôts locaux collectés. Une paille… si l’on aime voir les finances publiques s’évaporer en compensation d’une politique de l’inaction.
Et ce n’est pas tout : la mairie évoque aussi une « privation » de 236 millions d’euros de dotations en dix ans. Mais curieusement, jamais une ligne budgétaire pour rattraper le retard social.
Une opposition frontale à la loi SRU
Pierre-Christophe Baguet (LR) ne s’en cache pas : il conteste la loi SRU, qu’il juge « quantitative », « bureaucratique », et « inadaptée ». D’après lui, Boulogne aurait pu atteindre 38 % de logements sociaux… en construisant uniquement des studios. Ce qu’il qualifie d’ »absurde », préférant donc ne pas construire du tout. Un raisonnement imparable, ou presque.
Dans les faits, ce rejet n’est pas qu’une posture. C’est une résistance politique revendiquée, dans une ville où les prix dépassent les 10 000 € le m², et où la mixité sociale est devenue une formule de communication… rarement mise en pratique.
Les oubliés de Boulogne : jeunes, familles, précaires…
Conséquences ? Elles sont partout.
- Familles modestes et jeunes actifs ne peuvent plus vivre dans la ville où ils travaillent.
- Ménages très modestes (PLAI) totalement exclus, faute de logements adaptés.
- Une ville de plus en plus homogène, où la diversité sociale se limite aux brochures électorales.
Et pendant ce temps, d’autres communes d’Île-de-France absorbent le déficit de Boulogne, renforçant les déséquilibres régionaux. On appelle ça la solidarité inversée.
2025, et toujours rien de neuf à l’horizon
Malgré la prolongation de la loi SRU dans la loi 3DS, et des périodes triennales de rattrapage imposées, Boulogne ne montre aucun signe de retournement. Sans volonté politique ni stratégie foncière innovante, les objectifs sont systématiquement repoussés… jusqu’à l’oubli.
Et pendant ce temps, la facture, elle, arrive toujours à l’heure.
Nos conclusions : Boulogne construit peu, mais exclut bien
En refusant d’investir dans le logement social, la mairie de Boulogne fait le choix du tri social institutionnalisé. Une politique de confort pour les uns, de relégation pour les autres. La ville pourrait loger. Elle préfère payer. Un modèle de gouvernance où l’entre-soi coûte cher… aux contribuables eux-mêmes.





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