
C’est une décision aussi brutale qu’irréversible : la fermeture de la patinoire olympique de Boulogne-Billancourt, votée en juin 2024 par la majorité municipale, a cristallisé colères et incompréhensions. Derrière les arguments budgétaires (8 millions d’euros de rénovation) et écologiques (10 millions de litres d’eau gaspillés en 2023), les opposants dénoncent un choix politique opaque… et un coup dur pour le sport francilien. Résultat : 24 500 signatures ignorées, 350 licenciés délocalisés, et une mairie qui transforme la glace en terrains de padel. À défaut d’héritage, on mise sur le rebond.
Un équipement historique balayé d’un revers de raquette
Inaugurée en 1955, la patinoire olympique de Boulogne ne servait pas qu’à faire des arabesques : elle hébergeait 350 licenciés du mythique Athletic Club de Boulogne-Billancourt (ACBB), attirait 120 000 visiteurs par an, et fut même le siège de la Fédération française des sports de glace pendant quinze ans. Un pan d’histoire locale et nationale, sacrifié au nom de la modernité.
En mai 2024, la mairie annonce sa fermeture « pour des raisons budgétaires et écologiques ». Traduction : 8 millions d’euros de rénovation jugés trop lourds à assumer, et un impact environnemental qualifié de « non soutenable » par la majorité. Sauf que, selon l’association Patiner à Boulogne (524 membres), ces coûts sont la conséquence directe d’un défaut d’entretien prolongé — notamment des aérocondenseurs — et que 10 millions de litres d’eau potable ont été gaspillés lors de la remise en glace de 2023. Une ironie pour un site censé mutualiser l’énergie avec la piscine… qui s’est retrouvée, au passage, avec de l’eau à 33°C et des vidanges nocturnes en urgence.
Une mobilisation exemplaire… ignorée avec brio
Dès l’annonce, la riposte citoyenne s’organise : une pétition recueille 24 500 signatures en deux semaines, relayée par des personnalités du sport, d’anciens athlètes olympiques et la Fédération française des sports de glace, qui rappelle que « cette patinoire a formé des générations de champions et de bénévoles ».
L’association Patiner à Boulogne propose même une alternative de financement via mécénat, évaluée entre 250 000 et 300 000 euros par an, que la mairie rejette au nom d’un obscur « risque juridique ». Et quand les recours en justice échouent, les citoyens apprennent qu’ils devront payer 1 000 € de frais judiciaires, parce que défendre le sport public est manifestement… une perte de temps.
À la place de la glace ? Un padel qu’on n’a pas demandé
La mairie, elle, regarde déjà vers l’avenir. Un avenir… au rebond. Exit la glace, place à 6 à 10 terrains de padel, présentés par le directeur des sports, Baptiste Chappotteau, comme « une alternative moderne et écoresponsable ».
Sauf que Boulogne-Billancourt, ville huppée et dense, n’est pas franchement en pénurie de clubs privés de padel. En revanche, les patinoires, elles, ferment les unes après les autres — Colombes, Viry-Châtillon, demain peut-être Asnières ? Mathieu Bossu, joueur de l’ACBB, témoigne :
« On faisait partie de ce lieu. Aujourd’hui, je mets deux heures de transport pour m’entraîner. C’est absurde. »
Une méthode glaciale et une démocratie de surface
Le calendrier, lui aussi, interroge : d’abord annoncée pour fin 2024, la fermeture a été précipitée et actée dès mars 2025, sans véritable consultation. L’opposition municipale dénonce un simulacre de concertation, des données opaques et une décision imposée en fin de saison, empêchant toute anticipation des clubs.
« C’est une méthode brutale, opaque, et profondément injuste », déclare Yan Le Men, porte-parole de Patiner à Boulogne. « On n’a même pas cherché à écouter ce que les habitants proposaient. »
Un symbole national de plus… qui tombe
La fermeture de la patinoire de Boulogne-Billancourt n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une tendance régionale alarmante, dénoncée par les fédérations sportives, à l’approche des JO d’hiver 2030. En Île-de-France, les jeunes patineurs voient leurs espaces d’entraînement disparaître au profit d’infrastructures privées et de décisions comptables.
Des vraies fausses citations grinçantes (mais réelles)
« Le padel est une activité accessible à tous » — surtout si vous avez 20 euros de l’heure et une raquette dernière génération.
« Nous avons étudié toutes les options » — sauf celles proposées par les citoyens, les clubs, les fédérations et le bon sens.
« Le sport est une priorité » — probablement pour un autre mandat, dans une autre ville.
Nos conclusions : à Boulogne-Billancourt, on ne tourne plus en rond… on rebondit
La fermeture de la patinoire n’est pas seulement une décision locale. C’est un signal national, une alerte sur la gestion des équipements publics, et une illustration éclatante d’une démocratie locale à sens unique. À Boulogne, la mairie a préféré effacer un héritage pour imposer un projet. Le sport perd, les habitants trinquent. Le padel gagne — mais pas la confiance.





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