À Boulogne-Billancourt, la campagne municipale 2026 aura décidément tout essayé : la guerre des chiffres, la guerre des tracts, et désormais la guerre des salles. À l’origine, un tweet de Guillaume Bazin visant la campagne d’Antoine de Jerphanion. À l’arrivée, une polémique surtout sémantique, nourrie par les réseaux sociaux, sur fond de délibération municipale, de dons électoraux parfaitement encadrés… et de mémoire partisane à géométrie variable.

Après la guerre des chiffres, voici venue la guerre des salles.

« Location de salle » ou simple loyer de QG ?

Dans son message publié sur X, Guillaume Bazin rappelle qu’en période électorale, la Ville met gratuitement des salles municipales à disposition des candidats, puis s’interroge sur la campagne de dons d’Antoine de Jerphanion, où un don de 1 000 euros est présenté comme pouvant servir à une « location de salle ».

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La réponse d’Antoine de Jerphanion, également publique sur X, est simple : il ne parle pas d’une salle municipale, mais du QG de campagne situé 55 rue de la Saussière, local privé où son équipe organise de nombreuses réunions. Le point est important, car il déplace immédiatement la polémique : on ne parle plus d’un équipement communal mis gratuitement à disposition, mais d’un local privé financé dans le cadre normal d’une campagne électorale. D’après le site de campagne, ce QG existe bien et sert de permanence politique.

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Vrai, à nuancer, à vérifier
  • Vrai : la commune peut mettre gratuitement certaines salles municipales à disposition des candidats pendant la campagne, dans un cadre d’égalité.
  • À nuancer : la formule « location de salle » était ambiguë politiquement, mais elle ne prouve pas à elle seule l’usage d’une salle municipale gratuite.
  • À vérifier : seule la lecture du compte de campagne permettra de voir précisément comment cette dépense a été ventilée comptablement.

Ce que dit vraiment la délibération

Le cœur juridique de l’affaire est moins spectaculaire que le tweet. Le cadre général est posé par l’article L.2144-3 du Code général des collectivités territoriales : les partis et associations politiques peuvent utiliser des locaux communaux, le maire en fixant les conditions, dans le respect de l’égalité entre candidats. Les analyses d’associations de maires rappellent qu’en période préélectorale, si une commune ouvre ses salles, elle doit le faire selon des règles identiques pour tous.

Autrement dit, la délibération municipale évoquée par Guillaume Bazin a un objet précis : l’accès aux salles communales. Elle n’interdit évidemment pas aux listes de louer un local privé pour en faire une permanence, ni d’utiliser les dons reçus pour payer ce type de dépense électorale, à condition de respecter les règles habituelles : mandataire financier, plafonds, inscription dans le compte de campagne. La CNCCFP rappelle précisément que les dons financent les dépenses engagées pour la campagne électorale et doivent être retracés dans le compte.

La maladresse côté de Jerphanion n’est donc pas forcément juridique, il est plutôt de l’ordre de la communication. Car évoquer une « location de salle » dans une ville où l’on vient de publier que des salles municipales sont gratuites pour tous, c’est offrir à l’adversaire une accroche et une ambiguïté prête à l’emploi.

Chiffres et règles clés
  • 1 000 € : montant du don mis en avant dans la polémique.
  • L.2144-3 CGCT : article qui encadre l’usage des locaux communaux par les partis et associations politiques.
  • 55 rue de la Saussière : adresse du QG privé revendiqué par la campagne de Jerphanion.

Une attaque surtout politique

Il faut aussi regarder qui attaque. Guillaume Bazin n’intervient pas ici comme simple citoyen soucieux des deniers publics. Il est engagé dans la campagne municipale et son message vise un adversaire direct du maire sortant. Dans ce contexte, son tweet ressemble moins à une alerte juridique qu’à un tir de campagne bien calibré sur un terrain toujours sensible : les dépenses de campagne.

Et de fait, la réponse de de Jerphanion neutralise assez rapidement la charge initiale : si l’on parle bien d’un loyer de QG privé, la délibération sur les salles communales n’est plus le bon angle d’attaque. La polémique ne disparaît pas pour autant, mais elle change de nature : on passe du soupçon d’irrégularité à une querelle sur la façon de présenter les dépenses de campagne.

La guerre des salles… et celle des étiquettes

C’est ici que l’épisode devient plus intéressant politiquement qu’administrativement. Historiquement lié à Horizons, Antoine de Jerphanion mène cette municipale désormais sans l’étiquette officielle du parti. Dans le même temps, Pierre-Christophe Baguet a réussi à agréger autour de lui une coalition de la droite et du centre où figure justement Horizons, comme cela apparaît sur son site de campagne et dans les présentations de la campagne municipale locale ou tracts.

Autrement dit, une partie du décor partisan s’est inversée. Et cette inversion n’est pas sans conséquence sur les indignations du moment. Car Maurice Carasso, participant aux échanges sur X en soutien ou commentaire de Guillaume Bazin, pour rappel soutien de Baguet (NDLR : donc nouvellement soutenu par Edouard Philippe et son parti), déclarait ceci l’année dernière, pas plus tard qu’en juin :

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La « guerre des salles » masque donc aussi une bataille des appartenances : qui est encore de quel camp, qui parle au nom de quoi, et quelle cohérence idéologique subsiste derrière les coalitions de second degré ?

Lecture politique

Cette affaire dit moins quelque chose sur le droit électoral que sur la nervosité de la campagne. Un mot ambigu, une délibération municipale, un tweet bien placé : il n’en faut pas plus pour transformer une dépense ordinaire de campagne en mini-affaire locale. Derrière la salle, c’est surtout la bataille de crédibilité entre Baguet et de Jerphanion qui se joue.

À Boulogne, la campagne se joue aussi sur X

De cet épisode, on retiendra probablement moins une révélation de fond sur le financement des campagnes qu’un exemple très boulonnais de la façon dont l’élection se joue désormais aussi sur les réseaux sociaux. Une capture d’écran, une formule sortie du formulaire de dons, un extrait de délibération, une réponse ironique : la matière idéale pour quelques jours de commentaires en ligne.

La question, au fond, est simple : les électeurs se laisseront-ils happer par ces escarmouches digitales, ou reviendront-ils aux sujets qui engagent réellement la ville pour six ans : logement, circulation, écoles, espaces verts, équipements de proximité ? À trois jours du vote, on voit en tout cas une chose : à Boulogne-Billancourt, la campagne ne se mène plus seulement dans les salles. Elle se mène aussi sur les écrans des réseaux-sociaux.

Ce qu’il faut retenir
  • La délibération municipale concerne les salles communales, pas les QG privés de campagne.
  • La formule « location de salle » était politiquement maladroite, mais ne suffit pas à établir une irrégularité.
  • La polémique révèle surtout une campagne très tendue, où les réseaux sociaux servent de caisse de résonance aux rivalités locales.
Sources utilisées
1) Textes officiels et cadre juridique
  • Délibération sur la gratuité de mise à disposition de salles communales dans le cadre des élections municipales 2026.
  • Rappels juridiques sur l’usage des salles communales en période préélectorale (article L.2144-3 du CGCT).
  • Documents de référence sur le financement des campagnes électorales et les comptes de campagne.
2) Campagne d’Antoine de Jerphanion
  • Site de campagne « Aimer Boulogne-Billancourt ».
  • Présentation du QG situé 55 rue de la Saussière.
  • Page de dons et communication de campagne associée.
3) Polémique sur X et captures transmises
  • Tweet de Guillaume Bazin mettant en cause la mention « location de salle ».
  • Réponse publique d’Antoine de Jerphanion sur l’usage des dons pour le loyer de son QG.
  • Captures d’écran transmises par le lecteur pour documenter la séquence.
4) Positionnement politique local
  • Présentations publiques des candidatures et soutiens à Boulogne-Billancourt.
  • Site de campagne de Pierre-Christophe Baguet et coalition affichée.

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