
À Boulogne-Billancourt, la campagne municipale 2026 aura pris une tournure inhabituelle : une bataille de chiffres.
Dette, fiscalité, investissements, équipements publics… Le maire sortant Pierre-Christophe Baguet et son principal challenger Antoine de Jerphanion multiplient tableaux et indicateurs pour convaincre. Mais derrière cette avalanche de données se cachent souvent deux récits financiers très différents — et parfois incomplets.
« La ville la mieux gérée » : comment Baguet utilise les chiffres
Du côté du maire sortant, les chiffres servent d’abord à soutenir un récit : celui d’une ville riche, attractive et bien administrée.
Dans ses documents de campagne et sur son site, Pierre-Christophe Baguet met en avant :
- la stabilité de la taxe foncière depuis 2009,
- un niveau d’investissement élevé par habitant,
- la présence de Boulogne dans plusieurs classements nationaux favorables,
- une progression du nombre de logements sociaux,
- des dépenses sportives et culturelles supérieures à la moyenne.
Pris isolément, la plupart de ces chiffres sont exacts.
Mais ils sont aussi sélectionnés et rarement replacés dans une vision globale des finances locales.
La dette du budget principal de la ville est évoquée, mais la dette consolidée incluant la SPL Val de Seine Aménagement apparaît beaucoup moins clairement dans la communication de campagne.
Or cette structure porte aujourd’hui plus de 430 millions d’euros d’engagements financiers, notamment liés à l’aménagement de l’Île Seguin et des Rives de Seine.
Autre point souvent relevé par les observateurs : le document de campagne évoque 55 projets « réalistes », mais sans présenter un chiffrage détaillé de leur coût ou de leur impact sur l’endettement futur.
Autrement dit, les chiffres servent surtout ici à éclairer les réussites de la gestion municipale.
- Mettre en avant les indicateurs favorables (classements, investissements, fiscalité).
- Insister sur la stabilité et la continuité de gestion.
- Valoriser un bilan concret d’équipements et de services.
Dans les coulisses budgétaires de la ville avec De Jerphanion
Face à ce récit positif, Antoine de Jerphanion adopte une stratégie presque inverse.
Là où le maire sortant met en avant une vitrine financière, le candidat d’opposition s’attache à examiner les coulisses budgétaires.
Son programme insiste notamment sur :
- la dette consolidée de la ville et de ses satellites,
- les engagements financiers de la SPL Val de Seine Aménagement,
- les garanties et hypothèques liées à l’Île Seguin,
- l’évolution récente des investissements municipaux.
Son argument central : une partie de la solidité financière affichée aujourd’hui reposerait sur des paris immobiliers et financiers à moyen terme.
Il met aussi en avant des choix budgétaires contestés, comme la fermeture de la patinoire, présentée comme la conséquence de priorités d’aménagement discutables.
Sur le terrain du diagnostic financier, cette stratégie lui permet de rendre visibles des chiffres souvent peu mis en avant par la majorité municipale.
- Mettre en avant la dette consolidée et les engagements hors budget principal.
- Questionner la soutenabilité financière des grands projets urbains.
- Déplacer le débat de la communication vers la structure des comptes publics.
Là où les deux programmes deviennent flous
La confrontation des chiffres devient plus confuse dès que l’on passe du diagnostic aux solutions ou projets.
Chez Pierre-Christophe Baguet, les promesses s’ajoutent à un bilan déjà dense :
- nouveaux équipements,
- poursuite des grands projets,
- renforcement des politiques sportives et sociales.
Mais le programme reste discret sur les arbitrages budgétaires futurs : quels projets seront prioritaires ? quelles marges de manœuvre financières restent disponibles ?
Chez Antoine de Jerphanion, la situation est presque inversée.
Le diagnostic financier est détaillé, mais plusieurs propositions — comme la réouverture d’une patinoire ou la rénovation de grands équipements — restent encore peu chiffrées dans le détail.
Mais si l’on se limite à la lecture des comptes, alors Antoine de Jerphanion marque des points.
Dans cette campagne, les chiffres sont devenus une arme politique. Mais dans les deux programmes, certains indicateurs sont mis en avant tandis que d’autres restent en arrière-plan. La bataille porte autant sur les données que sur leur interprétation.
Nos conclusions : deux usages des chiffres, deux rapports à la vérité budgétaire
Au fond, cette guerre des chiffres ne met pas face à face deux programmes équivalents. Elle oppose surtout deux usages très différents des chiffres.
Chez Pierre-Christophe Baguet, les chiffres servent d’abord à mettre en valeur un récit de réussite. Ils sélectionnent les indicateurs flatteurs, isolent les éléments les plus favorables du bilan, et laissent souvent hors champ ce qui pourrait nuancer le tableau : dette consolidée, exposition de la SPL, fragilité des recettes futures de l’Île Seguin, arbitrages budgétaires coûteux. Les chiffres ne sont pas faux ; ils sont utilisés comme vitrines ou trophées.
Chez Antoine de Jerphanion, la logique est différente. Les chiffres ne servent pas à embellir, mais à gratter le vernis. Ils visent à faire apparaître ce que la communication municipale tend à lisser : les risques reportés dans les satellites, les hypothèques, les dettes garanties, les choix d’aménagement qui engagent la ville bien au-delà du mandat en cours. Son programme n’est pas exempt de zones d’ombre, notamment sur le coût détaillé de certaines propositions. Mais il a au moins le mérite de partir des comptes pour poser une question de fond : que veut dire “bien gérer” une ville quand une partie du risque est déplacée hors du budget principal ?
C’est en cela que de Jerphanion prend l’avantage dans cette bataille.
Pas parce qu’il aurait tout démontré. Mais parce qu’il utilise les chiffres pour ouvrir le débat, là où Baguet les utilise surtout pour le refermer.
L’un se sert des nombres pour conforter un bilan.
L’autre s’en sert pour contester une narration et proposer une autre lecture de la ville.
À ce stade, le premier apparaît comme le candidat de la mise en scène du résultat ; le second comme celui du diagnostic critique, avec une volonté affichée de reconstruction.
Et dans une campagne où la transparence budgétaire est devenue centrale, cela compte.
La campagne municipale à Boulogne se transforme en bataille de chiffres. Le maire sortant met en avant des indicateurs favorables pour valoriser son bilan, tandis qu’Antoine de Jerphanion s’appuie sur les données budgétaires pour interroger la soutenabilité financière de la ville. Deux usages très différents des chiffres — l’un pour défendre un récit, l’autre pour ouvrir le débat et poser les bases d’une reconstruction.
Documents de campagne
- Programme officiel de Pierre-Christophe Baguet – brochure « ProgrammeBAGUET-2026-HDEF-DOUBLE-PAGE-SS-TDC-RVB » : bilan du mandat, 55 projets annoncés, données sur fiscalité, dette, investissements, sécurité, sport, solidarité et transition écologique.
- Document « BILAN-PROJETS-PCBAGUET2026 » : synthèse de campagne présentant la gestion financière de la ville, la baisse de la dette municipale, les actifs fonciers et les engagements liés à l’Île Seguin.
- Programme d’Antoine de Jerphanion – brochure « programme_de_jerphanion.pdf » : diagnostic financier détaillé, analyse de la dette consolidée, engagements de la SPL Val de Seine Aménagement, hypothèque sur l’Île Seguin, trajectoire budgétaire et propositions d’investissements.
Communication municipale et données publiques
- Magazine municipal BBI n°542 – février 2026 : orientations budgétaires, rapport développement durable, rapport égalité femmes-hommes, données sur la petite enfance, le sport, la solidarité et les subventions aux associations.
- Données démographiques Insee : population municipale d’environ 119 000 habitants.



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