
À quelques semaines du premier tour des municipales, seulement trois programmes structurés émergent à Boulogne-Billancourt. Celui d’Antoine de Jerphanion (droite de rupture), de Pauline Rapilly Ferniot (union de la gauche et des écologistes)et de Judith Shan (gauche et centre-gauche):
Antoine de Jerphanion, en rupture affichée avec la majorité sortante, construit un programme dense autour de la dette, des mobilités et de la gouvernance.
Pauline Rapilly avec un programme assumant une ligne écolo-sociale claire.
Judith Shan, à la tête d’une union de la gauche et du centre-gauche, propose une alternance centrée sur le quotidien et les services publics.
Enfin, à date, toujours aucun programme côté Pierre-Christophe Baguet, si ce n’est un tract et son slogan « soutenir l’union dès le premier tour ».
Essayons tout de même le comparatif entre les quatre candidats.
Quatre lignes politiques, quatre façons d’aborder les mêmes sujets structurants : impôts, dette, Île Seguin, équipements sportifs et culturels, démocratie locale.
Fiscalité et dette : continuité, réorientation ou remise à plat
Majorité Baguet : stabilité fiscale, dette peu visible
Le numéro de février du magazine municipal BBI met en avant un argument central : 17e année consécutive sans hausse du taux de taxe foncière, maintenu à 15,09 %, l’un des plus bas parmi les grandes villes françaises.
La communication insiste également sur une épargne brute stabilisée grâce à la maîtrise des charges de fonctionnement.
En revanche, la dette globale de la collectivité et les engagements de ses satellites, notamment la SPL Val de Seine Aménagement, sont peu abordés dans cette présentation institutionnelle.
Judith Shan : audit et redéploiement des priorités
La candidate Judith Shan reprend l’engagement de ne pas augmenter les impôts, mais en proposant une réorientation nette des dépenses : abandon des « projets vitrines » jugés coûteux (basket professionnel, grands équipements avortés) au profit des écoles, de la santé, des solidarités et de la culture de proximité.
Elle annonce un audit financier dès le début du mandat, destiné à objectiver la situation et à financer ses priorités sans hausse d’impôts. À ce stade, le programme ne propose pas de chiffrage détaillé des six projets phares.
Antoine de Jerphanion : alerte sur la dette consolidée
Le candidat de la droite dite « de rupture » fonde une large part de son programme sur un diagnostic financier alarmant : une dette consolidée (ville + SPL + structures associées) passant de 110 M€ à 186 M€ entre 2022 et 2026, avec une projection à 230 M€ à l’horizon 2028.
Il met en avant l’hypothèque de 215,4 M€ sur les terrains de l’Île Seguin, confirmée par les comptes 2024 de la SPL, tout en promettant lui aussi de ne pas augmenter les impôts. Les investissements lourds qu’il propose (patinoire, Marcel-Sembat, parking, EHPAD) restent cependant à chiffrer précisément.
Parle d’« emballement » de la dette de l’Île Seguin.
Propose prudence sur les grands projets coûteux.
Programme cohérent politiquement, mais sans cadrage financier détaillé.
Pauline Rapilly Ferniot : critique de « l’emballement » et priorité aux besoins sociaux
Le tract de l’union de la gauche et des écologistes adopte une position intermédiaire. Il ne développe pas une attaque chiffrée aussi frontale que celle d’Antoine de Jerphanion, mais dénonce « l’emballement de la dette de l’Île Seguin » et appelle à une gestion plus sobre.
La candidate ne promet pas explicitement une réduction immédiate de la dette, mais affirme vouloir rompre avec les « grands projets coûteux » et réorienter les dépenses vers :
- le logement social
- la santé
- la rénovation énergétique
- la petite enfance
Le programme est politiquement cohérent ; son cadrage financier reste à détailler.
Les quatre candidats promettent de ne pas augmenter les impôts, mais avec des logiques très différentes : continuité pour Baguet, audit et réorientation sociale pour Shan, remise à plat financière pour De Jerphanion, sobriété budgétaire et priorité aux services publics pour Rapilly Ferniot. Le débat porte moins sur le taux que sur la dette consolidée et les choix d’investissement.
Île Seguin : pari assumé, prudence vigilante ou critique frontale
Baguet : poursuivre sans rouvrir le débat
La majorité présente l’Île Seguin comme un élément intégré de la ZAC Seguin-Rives de Seine, sans remettre publiquement en cause les choix initiaux. Les risques financiers et le niveau d’endettement de la SPL sont peu discutés dans la communication institutionnelle.
Shan : contrôler et consulter en cas d’échec
Judith Shan prend acte du dépôt des permis de construire pour la partie centrale de l’Île, après plus de vingt ans de procédures. Elle promet un suivi strict des engagements et, en cas de nouvel échec, une consultation large des habitants pour redéfinir le projet.
De Jerphanion : symbole d’un pari raté
Antoine de Jerphanion fait de l’Île Seguin le cœur de sa critique : sur-offre de bureaux, accumulation de frais financiers, hypothèque lourde sur le patrimoine communal. Il s’appuie sur les chiffres de la SPL pour présenter l’opération comme un risque majeur pour l’avenir budgétaire de la ville.
Rapilly Ferniot : 25% de logements sociaux et réorientation des bureaux
C’est ici que la nouveauté est la plus marquante.
La liste promet :
- 25% de logements sociaux (+7 000 logements)
- conversion de bureaux vacants (+2 700 potentiels)
- réorientation de l’Île Seguin vers du logement accessible
Aujourd’hui, Boulogne compte environ 15,3% de logements sociaux (9 171 logements sur 59 817 résidences principales).
Un contrat de mixité sociale prévoit 1 915 logements supplémentaires à court terme — loin des +7 000 annoncés.
L’objectif correspond bien au seuil SRU.
Mais il relève d’un cap programmatique de long terme, pas d’un plan déjà contractualisé.
Baguet poursuit le projet Seguin sans rouvrir le débat. Shan propose vigilance et consultation en cas d’échec. De Jerphanion fait de l’Île le symbole d’un risque financier majeur. Rapilly Ferniot défend une réorientation vers le logement social avec un objectif de 25%, qui constitue davantage un cap politique qu’un calendrier contractualisé à ce stade.
Sport et culture : vitrines, proximité ou mixte patinoire-padel
Le bilan de la mandature Baguet est marqué par des fermetures emblématiques (patinoire, Théâtre de l’Ouest Parisien, Oiseau-Lyre) et par des investissements contestés (basket professionnel, projets abandonnés).
Judith Shan défend un retour aux équipements de proximité, à une culture accessible et à une politique sportive du quotidien, sans faire de la patinoire un marqueur central tout en promettant d’étudier sa réouverture sous contrôle d’experts.
Antoine de Jerphanion est le seul à promettre explicitement la réouverture d’une patinoire publique, tout en assumant le développement massif du padel et de nouvelles pratiques sportives, avec un modèle économique qu’il présente comme équilibré mais encore peu documenté.
Rapilly Ferniot promet, elle, une étude de réouverture de la patinoire ou, à défaut, un centre sportif public alternatif ; un pass jeunes 3–20 ans ; la réouverture d’une MJC et d’un studio d’enregistrement. Elle inscrit le sport dans une logique d’accès et d’inclusion plutôt que d’attractivité événementielle.
La majorité sortante met en avant l’attractivité et les grands événements. Shan privilégie la proximité culturelle et sportive. De Jerphanion articule héritage sportif (réouverture de la patinoire) et nouvelles pratiques (padel). Rapilly Ferniot inscrit le sport dans une logique d’accès social et de jeunesse, avec une étude de réouverture de la patinoire et des équipements de quartier.
Démocratie locale et information : trois rapports au pouvoir
Le BBI de février illustre la ligne de la majorité : communication institutionnelle maîtrisée, éditorial de ce mois-ci certes suspendu mais numéro très valorisant sur la gestion sortante et son bilan.
Judith Shan mise sur la participation citoyenne : budgets participatifs, droit d’interpellation, concertations régulières.
Antoine de Jerphanion promet une transparence numérique renforcée : conseil municipal filmé, tableau de bord public, compte usager unique et refonte du magazine municipal en support strictement informatif.
Sur ces points, Rapilly Ferniot rejoint en partie les critiques formulées par d’autres oppositions : pluralisme et votations citoyennes avec une transformation du BBI en journal pluraliste, diffusion des conseils municipaux, votations locales pour les grands projets, publication des critères d’attribution des logements et des places en crèche.
La majorité s’appuie sur une communication institutionnelle maîtrisée. Les trois oppositions proposent, chacune à leur manière, davantage de transparence : participation citoyenne pour Shan, traçabilité numérique pour De Jerphanion, pluralisme du BBI et votations locales pour Rapilly Ferniot. La question n’est plus seulement celle du projet urbain, mais du mode de gouvernance.
Nos conclusions : une comparaison délicate
Ce comparatif dit autant sur les programmes que sur leur absence.
À quelques semaines du scrutin, trois candidats ont pris le risque politique de publier des documents détaillés, argumentés, chiffrables — et donc critiquables : Judith Shan, Antoine de Jerphanion et Pauline Rapilly Ferniot.
Leurs orientations diffèrent profondément — réorientation sociale pour l’une, remise à plat financière pour l’autre, écologie sociale ambitieuse pour la troisième — mais toutes ont en commun d’exposer des choix, des priorités et des arbitrages.
À l’inverse, le maire sortant n’a, à ce stade et à notre connaissance, proposé aucun programme formalisé comparable.
L’exercice a donc consisté, une fois encore, à décrypter la communication institutionnelle municipale — en particulier le BBI — pour tenter d’identifier une ligne politique, des orientations budgétaires et des choix implicites.
C’est un exercice délicat et, disons-le clairement, politiquement discutable : un magazine financé par l’argent public n’a pas vocation à servir de substitut à un programme électoral, encore moins à l’approche d’un scrutin.
En mars 2026, les électeurs de Boulogne-Billancourt devront donc trancher entre des projets explicitement assumés — avec leurs forces, leurs angles morts et leurs contraintes budgétaires — et une continuité qui, pour l’instant, préfère la valorisation du bilan à la confrontation programmatique.
Retrouvez nos analyses détaillées des programmes des trois candidats :
Trois programmes détaillés sont désormais sur la table : Shan, De Jerphanion et Rapilly Ferniot. Le maire sortant n’a pas publié de document programmatique équivalent à ce stade. Fiscalité, logement, Île Seguin, patinoire et démocratie locale structurent les lignes de fracture de la campagne municipale 2026 à Boulogne-Billancourt.
Sources utilisées
- Programme Judith Shan 2026 – Boulogne-Billancourt nous rassemble (50 propositions, 6 projets phares).
- Programme Pauline Rapilly Ferniot.
- Programme Antoine de Jerphanion – Mieux circuler, mieux respirer, mieux gérer.
- Magazine municipal BBI – février 2026 (n°542).
- Compte financier unique et documents budgétaires de la Ville de Boulogne-Billancourt.
- Comptes 2024 de la SPL Val de Seine Aménagement (ZAC Seguin–Rives de Seine).
- Données Insee et finances publiques locales.



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