
Ces derniers jours c’est le buzz du moment sur les réseaux sociaux locaux : dans le numéro de janvier 2026 de Boulogne-Billancourt Information (BBI), la tribune des élues écologistes a disparu. À sa place, une simple mention : « tribune non transmise dans les délais ». Or un courrier officiel de la mairie révèle une tout autre chronologie, où le risque de « diffamation » est invoqué avant même la question des délais. Une affaire qui pose une question sensible : jusqu’où un magazine municipal peut-il restreindre la parole de l’opposition ?
Une tribune envoyée, validée… puis refusée
Le 23 décembre 2025, les élues écologistes de Boulogne-Billancourt transmettent leur tribune destinée à la page d’expression politique du BBI de janvier 2026. Intitulé « Mediapart s’intéresse aux très mystérieux comptes des Metropolitans 92 », le texte revient sur la gestion financière du club de basket, rappelant que plus de 13 millions d’euros de fonds publics ont été engagés par la ville, et mentionne l’existence d’une enquête pour soupçons de corruption visant le maire, telle que révélée par Mediapart et reprise par d’autres médias nationaux.
Selon les écologistes, la rédaction du BBI leur adresse dans un premier temps un bon à tirer, confirmant la prise en compte du texte. Mais le 30 décembre, un courrier recommandé de la mairie vient finalement notifier un refus de publication.
Ce que dit officiellement le BBI
Dans la version publiée du BBI de janvier 2026, la page réservée aux groupes d’opposition présente un blanc à l’emplacement de la tribune écologiste. Une mention laconique accompagne l’absence du texte :
« Tribune non transmise dans les délais ».
Les tribunes des autres groupes municipaux — majorité comme opposition socialiste — sont, elles, publiées normalement. Pour le lecteur, l’explication est donc simple et technique : le texte des écologistes serait arrivé trop tard.
Le courrier de la mairie : un autre motif en premier
Le courrier recommandé adressé aux élues écologistes raconte pourtant une autre histoire. Signé par la première adjointe « pour le directeur de la publication », il commence par accuser réception de la tribune datée du 23 décembre.
Puis il avance un premier motif de refus : le texte serait « de nature à engager ma responsabilité pénale […] en raison de son caractère manifestement diffamatoire, au regard notamment de la jurisprudence applicable ».
Ce n’est qu’ensuite que la lettre évoque un second argument : la tribune aurait été transmise « moins de 12 jours avant la date limite », rendant sa publication incompatible avec les contraintes de fabrication et d’impression du magazine. Autrement dit, là où le BBI affiche un problème de délai, le courrier officiel place le risque juridique lié au contenu au premier plan.
Délais flous et interrogations persistantes
Les élues écologistes contestent l’argument du retard. Elles affirment avoir respecté les usages habituels en envoyant leur texte le 23 décembre. Une élue de gauche (Judith Shan) a d’ailleurs rappelé publiquement que la date butoir communiquée à son groupe est fixée au 20 du mois, s’étonnant que ce critère soit opposé aux écologistes après réception et validation initiale de leur tribune.

À ce jour, la mairie n’a pas rendu public le règlement intérieur précis du BBI, ni expliqué comment sont fixées et appliquées les dates limites selon les groupes. Cette opacité alimente les interrogations sur la hiérarchie réelle entre les motifs invoqués : le délai est-il la cause du refus, ou un habillage a posteriori d’un désaccord sur le contenu ?
Une enquête judiciaire à manier avec prudence
Les articles de Mediapart, d’Ouest-France et de BeBasket confirment qu’une enquête du Parquet national financier vise Pierre-Christophe Baguet pour des soupçons de corruption et de trafic d’influence liés au transfert de Victor Wembanyama aux Metropolitans 92.
Il s’agit bien d’une enquête en cours : aucune condamnation n’a été prononcée et la présomption d’innocence s’applique pleinement au maire.
La tribune écologiste rappelait ces éléments dans le cadre d’un débat politique local déjà ancien sur la gestion du club et l’accès à ses comptes — un sujet régulièrement abordé en conseil municipal.
Au-delà du cas, une question démocratique
Le cœur du débat dépasse désormais le contenu de la tribune. Il porte sur le rôle d’un journal municipal, financé par la collectivité, et sur sa capacité à garantir un pluralisme réel de l’expression politique locale.
Peut-on invoquer la protection juridique du directeur de la publication pour écarter un texte d’opposition, tout en affichant au lecteur une explication différente ? Où s’arrête la prudence légale, et où commence la restriction du débat démocratique ?
À quelques mois des municipales 2026, cette affaire pourrait bien devenir un cas d’école de la tension entre communication institutionnelle et liberté d’expression politique.
En résumé : dans le BBI de janvier 2026, la tribune des élues écologistes a été remplacée par la mention « tribune non transmise dans les délais ». Or un courrier officiel de la mairie révèle que le refus de publication repose d’abord sur un risque jugé « manifestement diffamatoire », lié à l’évocation d’une enquête du Parquet national financier visant le maire, avant d’invoquer les délais de bouclage. Les écologistes contestent cette version et pointent une opacité sur les règles éditoriales du magazine municipal. L’affaire pose une question démocratique centrale : jusqu’où un journal municipal peut-il restreindre la parole de l’opposition en invoquant la protection juridique du directeur de la publication, à quelques mois des municipales 2026 ?
Sources
– Boulogne-Billancourt Information, numéro de janvier 2026 (version Calaméo)
– Communiqué des écologistes de Boulogne-Billancourt (10 janvier 2026) sur leur page Facebook : https://www.facebook.com/photo?fbid=10163512135771897
– Courrier recommandé de la mairie daté du 30 décembre 2025 (publication sur le compte Instagram de Pauline Rapilly-Ferniot )
– Tribune écologiste initiale transmise au BBI (publication sur le compte Instagram de Pauline Rapilly-Ferniot )
– Mediapart, Le maire de Boulogne visé par une enquête pour le transfert de Wembanyama
– Ouest-France, Le transfert de Victor Wembanyama au cœur d’une enquête du PNF
– BeBasket, enquête sur les Metropolitans 92




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