Une fermeture qui n’en est pas vraiment une

Pendant plusieurs semaines, la disparition des enseignes « Thierry Meunier » a alimenté interrogations et fantasmes locaux. Pourtant, les faits sont clairs : les deux boulangeries boulonnaises n’ont pas été « abandonnées », mais cédées. Leurs fonds de commerce ont été repris, comme cela se pratique classiquement dans l’artisanat de haut niveau.
Les locaux restent dédiés à la boulangerie-pâtisserie ; seuls changent le nom sur la vitrine, les propriétaires et, clairement la signature artisanale qui était celle de Thierry Meunier.

Le choix assumé d’un artisan en mouvement

À 59 ans, Thierry Meunier ne cache rien de sa décision. Dans un portrait publié en 2025 par Les Nouvelles de la Boulangerie, le MOF explique envisager explicitement la cession de ses deux commerces de Boulogne pour « concrétiser un grand projet ».
Ce projet, il ne le situe ni à Paris ni dans les Hauts-de-Seine, mais dans le Loir-et-Cher : une boulangerie ultra moderne, pensée comme un site pilote. Objectif affiché : réduire la dépendance énergétique par des choix techniques forts — limitation du pétrissage, température de production plus élevée, cuisson au bois, construction passive et panneaux solaires.

Une trajectoire cohérente, loin du coup de tête

Ce virage n’a rien d’une rupture soudaine. Le parcours de Thierry Meunier est jalonné de cycles assumés : « j’ouvre, je développe, je cède pour passer à autre chose ».
Avant Boulogne, il avait déjà revendu sa boulangerie parisienne Au Duc de la Chapelle. En 2013, il crée la marque « Thierry Meunier » et s’installe à Boulogne-Billancourt. En 2025, il y exploite deux commerces, emploie une vingtaine de salariés — dont ses trois fils — et prépare ouvertement la suite.
Autrement dit : la fermeture était annoncée, même si elle surprend toujours lorsqu’elle devient concrète.

Ce qui arrive après Meunier

Quand des boulangeries de ce standing sont mises en vente, elles attirent logiquement deux profils : des artisans solides ou des groupes structurés à la recherche d’emplacements premium. Boulogne-Billancourt, avec son fort pouvoir d’achat et son tissu urbain dense, coche toutes les cases.
Les repreneurs qui s’installent ne font donc pas figure d’exception, mais s’inscrivent dans une dynamique plus large : professionnalisation, standardisation partielle et montée en puissance d’enseignes fortes dans la boulangerie artisanale haut de gamme.

Un secteur en pleine concentration

Le cas Meunier n’est pas isolé. Il illustre une tendance lourde décrite par la presse professionnelle et les analyses sectorielles (Sirha Food, presse spécialisée) : les boulangeries premium bien situées sont devenues des actifs très convoités.
L’exemple le plus frappant reste le rachat, en 2025, du groupe « Chez Meunier » — enseigne distincte juridiquement — par Éric Kayser pour 37 millions d’euros, soit la plus importante acquisition de boulangerie artisanale en France.
Même si les structures diffèrent, le mouvement est le même : concentration, valorisation élevée des fonds de commerce, et repositionnement d’artisans emblématiques vers des projets plus conceptuels ou régionaux.

Nos conclusions : Boulbi perd une signature, pas une activité

À Boulogne-Billancourt, le départ de la marque « Thierry Meunier » peut laisser un goût de nostalgie pour les riverains. Mais si l’on positive, il serait trompeur d’y voir un déclin du commerce de proximité.
Les boutiques ne sont ni désertées ni condamnées : elles changent simplement de main, tandis que leur fondateur choisit d’explorer ailleurs les limites techniques de son métier.
En somme, Boulogne ne perd pas une boulangerie. Elle perd une signature, au moment même où cette signature devient trop grande pour se répéter à l’identique.

Sources :

Les Nouvelles de la Boulangerie, « Thierry Meunier, l’artisan boulanger en mouvement », 2025
– Analyses sectorielles de la boulangerie artisanale premium (Sirha Food, presse professionnelle)
– Analyse Huchet-Demorge sur le rachat du groupe « Chez Meunier » par Éric Kayser (2025)
– Annuaires et fiches de commerce confirmant l’existence des boulangeries Thierry Meunier à Boulogne-Billancourt

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