Depuis plusieurs années, les relations entre la mairie de Boulogne-Billancourt, dirigée par Pierre-Christophe Baguet, et les associations de cyclistes – en particulier l’antenne locale de Mieux se Déplacer à Bicyclette (MDBB) – sont au point mort. La faute à une accumulation d’accidents tragiques, d’aménagements jugés inexistants ou absurdes, et à un dialogue devenu purement théorique. Le résultat ? Une tension permanente sur fond de drames humains et de colère citoyenne. Et pendant ce temps-là, la deuxième ville d’Île-de-France affiche un retard préoccupant, dans un contexte où la sécurité des mobilités douces est devenue un enjeu majeur.

2021 restera une année noire pour Boulogne-Billancourt : Emma (24 ans) et Adam (16 ans) trouvent la mort à vélo, percutés à des carrefours que les associations qualifient de « connus pour leur dangerosité ». Malgré des alertes répétées, la mairie n’a pas réagi immédiatement, provoquant indignation et mobilisation citoyenne avec des pétitions massives restées lettres mortes… Et au dernier conseil municipal de mars 2025, l’émotion déborde, déclenchant des scènes surréalistes : débats houleux, suspensions de séance et un retrait temporaire du maire après des échanges particulièrement tendus avec familles et élus écologistes (Lire notre article). Une ambiance de crise symptomatique d’un dialogue en panne sèche. Mais in fine, aucune inflexion notable ne suit. Comme si le deuil public avait suffi à solder l’affaire.

Les cyclistes boulonnais doivent composer avec un réseau chaotique : sur le terrain, la réalité cyclable se résume à des pistes discontinues, réduites à quelques traits de peinture éphémères, parfois effacées, souvent squattées par des voitures en stationnement sauvage. Comble de l’ironie : les aménagements temporaires, les fameuses « coronapistes », créés pendant la crise sanitaire ( NDLR : Covid 21) en 2020, ont même été supprimés, aggravant encore la vulnérabilité des cyclistes.

Les associations dénoncent également un cruel manque de concertation : des axes annoncés comme cyclables ne sont en réalité praticables que dans un sens ou totalement dépourvus de protection. Elles rappellent aussi que leurs propositions restent lettres mortes, et les carrefours les plus dangereux – ceux-là mêmes où Emma et Adam ont péri – n’ont pas été réaménagés selon les normes recommandées. Un constat partagé par le CESEL ou le rapport GPSO 2022. Boulogne semble ainsi complètement dépassée par les ambitions régionales du RER Vélo, passant à côté d’une opportunité majeure. Pendant ce temps, ce même RER Vélo contourne la ville. Une belle métaphore.

À l’heure des JO, l’image fait tache.

On vous remet la vidéo d’Altis play à laquelle fait référence Pauline Rapilly Ferniot :

À quelques kilomètres, les communes voisines multiplient les initiatives : Suresnes, Issy-les-Moulineaux, Rueil-Malmaison, Chaville, Colombes… toutes avancent, chacune à sa manière, sur la voie d’un urbanisme apaisé. Toutes… sauf Boulogne, où la « concertation » semble s’être arrêtée à la couleur du marquage au sol.

Alors que Boulogne-Billancourt pédale dans la semoule, ses voisins, pourtant dirigés eux aussi par des maires LR, font la course en tête :

  • Suresnes transforme ses boulevards en axes cyclables intégrés et paysagers et mise sur des aménagements structurants, notamment le boulevard Washington, le tout avec un soutien départemental massif.
  • Issy-les-Moulineaux développe un réseau cyclable continu et innove avec le projet Flowell, que la ville expérimente avec des dispositifs lumineux aux carrefours, et investit dans la concertation et les connexions régionales.
  • Chaville met en avant l’inclusion avec son école du vélo pour adultes, tout en soutenant fortement les initiatives associatives.
  • Rueil-Malmaison entretient un dialogue permanent avec ses associations cyclistes, multipliant les itinéraires balisés et les événements communautaires.
  • Colombes étend son réseau cyclable et instaure une limitation généralisée à 30 km/h dans de nombreuses zones, sécurisant ainsi ses voies vertes.

À Boulogne, pendant ce temps-là, le plan vélo initialement prévu pour 2021-2025 est repoussé à 2030, confirmant un retard jugé « sans précédent » par les associations.

Ce décalage est d’autant plus frappant que les associations boulonnaises ne se contentent pas de dénoncer. Elles proposent, organisent, publient, dialoguent. Parmi leurs revendications : pistes réellement séparées, carrefours à la hollandaise, signalétique renforcée, services vélo pour les familles, et une vraie concertation citoyenne… Rien de révolutionnaire, juste du bon sens. Et pourtant, elles restent cantonnées au rôle d’observateurs impuissants, quand la loi les reconnaît comme parties prenantes.

Mais force est de constater que jusqu’ici, la mairie reste sourde, malgré la clarté et la pertinence des propositions citoyennes.

Boulogne-Billancourt se rêve en « ville attractive », mais oublie que l’attractivité passe aussi par la sécurité, la lisibilité des choix urbains et la capacité à écouter ses habitants.
Pendant que la mairie freine des deux mains, le département et la région, eux, changent de braquet : Valérie Pécresse et Georges Siffredi viennent d’annoncer un chèque de 75 millions d’euros pour le plan vélo des Hauts-de-Seine, visant 120 km de nouvelles pistes d’ici 2028. Partout, ça avance – même si Boulogne reste, elle, solidement ancrée… dans son box. Alors que d’autres villes – même dirigées par des maires LR – mouillent franchement le maillot, Boulogne confirme son coup de pompe. Ironie du sort : dans une publication Facebook et X datée du 16 juin intitulée « Acheter local, c’est génial », la municipalité encourage ses habitants… à se déplacer à vélo dans Boulogne ! À croire que même la communication municipale déraille à son tour.

Mais au fait, quand est-ce que Pierre-Christophe Baguet ira lui-même à la mairie… à vélo bien sûr ?

Sources : Le Parisien, BFMTV, Le Monde, MDB IDF, GPSO, CNEWS, Seine Ouest, Mediapart, Change.org, CESEL, FUB, Ville de Boulogne-Billancourt, MDBB.

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