Il était une fois une droite boulonnaise qui se dévorait elle-même. En 2008, pendant que l’UMP se cherche une tête à Boulogne-Billancourt, deux anciens alliés s’affrontent à coups d’investitures et de trahisons feutrées. Résultat : un fauteuil de maire changé de propriétaire, et une page politique locale définitivement tournée.

Le contexte : quand Fourcade tente un dernier tour de piste

En ce début 2008, Jean-Pierre Fourcade est le maire sortant. Baroudeur de la droite, ancien ministre, il s’apprête pourtant à passer la main à son fidèle premier adjoint, Pierre-Mathieu Duhamel. Ce dernier, promu maire en intérim, pense alors bénéficier du soutien de son mentor et, logiquement, de l’investiture de l’UMP.

Sauf que l’UMP, dans un accès de pragmatisme ou de calcul, choisit un autre cheval : Pierre-Christophe Baguet, député, sarkozyste convaincu, et impatient de poser son sac dans le fauteuil municipal.

Piqué au vif, Fourcade change de plan : il se représente lui-même, en dissident, à la tête de l’équipe sortante. Duhamel se retrouve désavoué, Baguet adoubé, et Boulogne-Billancourt devient le théâtre d’une scission droite contre droite.

Une campagne tous contre un… et chacun pour soi

Sur le papier, Baguet partait désavantagé. Fourcade, fort de son ancrage local, comptait bien capitaliser sur son bilan. Mais les choses ne se passent pas comme prévu.

Baguet joue habilement : il capitalise sur son investiture officielle, brandit le drapeau UMP et l’image d’un « renouvellement dans la continuité sarkozyste ». Il chasse au centre droit, séduit les électeurs lassés des luttes intestines, et promet une gestion moderne et efficace.

Pendant ce temps, la campagne de Fourcade ressemble à un dernier baroud d’honneur, plus qu’à une reconquête. Résultat : la droite se divise en trois blocs (Baguet, Fourcade, Duhamel), pendant que la gauche fait de la figuration (NDLR : Marie-Hélène Vouette, à la tête d’une liste d’union PS-PCF-LV).

Le score final : un fauteuil pour Baguet

Le second tour livre son verdict :

  • Pierre-Christophe Baguet : 44,28 %
  • Jean-Pierre Fourcade : 34,90 %
  • Candidate de gauche : 20,82 %

Baguet rafle 40 sièges sur 55. Une majorité confortable pour un homme qui sait désormais qu’il ne doit pas sa victoire qu’à ses promesses, mais surtout… à ses adversaires.

Une victoire plus tactique qu’idéologique

La recette du succès ? Une pincée de soutien officiel, un zeste de recomposition locale, et une grosse louche de divisions adverses.

Baguet incarne un renouvellement sans grand bouleversement idéologique. Il ratisse large, surfe sur la vague Sarkozy et, surtout, laisse ses concurrents s’écharper entre eux.

Fourcade, lui, paie le prix de son retour en solo. L’usure du pouvoir, l’absence d’investiture, et une stratégie de barrage plus qu’un vrai projet auront scellé sa défaite.

La morale de l’histoire ?

En politique, mieux vaut un ennemi clair qu’un ancien ami.
Et à Boulogne-Billancourt, on ne gagne pas toujours grâce à ses idées : parfois, il suffit de laisser les autres s’éliminer eux-mêmes.

Sources : Jean-Pierre Fourcade – Wikipédia, Élections municipales de 2008 à Boulogne-Billancourt – Wikipédia, boulognebillancourt.com : Conseil municipal d’installation : Pierre-Christophe Baguet élu maire, Pierre-Christophe Baguet – Wikipédia, Le Monde, BFMTV, Le Journal du Grand Paris, archives-resultats-elections.interieur.gouv.fr, pcbaguet.typepad.com/pierre-christophe-baguet/elections/, france-politique.fr, lexpress.fr, LeJDD.fr, TF1info.fr

Pour celles et ceux qui voudraient se plonger plus dans le détail de l’histoire de cette lutte d’époque, voici l’Express édition spéciale Boulogne-Billancourt sur le blog de Thierry Solere de 2007.

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