
Trois mois après le retrait précipité du maire Pierre-Christophe Baguet, on aurait pu s’attendre à un conseil municipal sous tension. Raté : ce fut une séance presque trop calme, comme si le 13 mars n’avait jamais existé. À Boulogne-Billancourt, la mémoire collective a parfois des trous… protocolaires.
Une séance sous contrôle… et sous tension feutrée
Jeudi 5 juin 2025, la salle du conseil municipal semblait revenue à son calme habituel. Quatre policiers municipaux à l’entrée, quelques regards nerveux, et surtout… un silence collectif sur ce qui s’est passé trois mois plus tôt. Ce fameux conseil du 13 mars, où Pierre-Christophe Baguet, maire de Boulogne-Billancourt, avait perdu son sang-froid, entraînant une mise en retrait précipitée et un déluge de commentaires.
Mais cette fois, aucun élu ne l’a évoqué. Pas même une allusion en passant, comme si la majorité s’était imposé un mot d’ordre : ne surtout pas raviver l’incendie. Une stratégie du « circulez, y a rien à revoir », appliquée avec discipline.
Un seul accroc dans le scénario du calme retrouvé
Il aura fallu attendre la prise de parole de Thomas Clément, ex-adjoint au commerce, pour briser le silence. Démis de ses fonctions en mars pour avoir manqué de ferveur dans son soutien au maire, il a rappelé les conditions de son éviction : resserrement du pouvoir, climat étouffant, loyauté exigée sans nuance.
Assis de biais, presque en retrait lui aussi, l’ancien adjoint n’a pas crié. Mais il a dit. Et son intervention a fait tache dans une soirée qui voulait tout sauf raviver les souvenirs.
Une majorité qui se ferme… et une opposition qui temporise
La majorité municipale s’est refermée autour de Pierre-Christophe Baguet comme une huître autour de son grain de sable. Les élus moins alignés ont été écartés ou marginalisés. La consigne semble claire : unité de façade, cap maintenu, silence poli.
En face, l’opposition, pourtant bousculée en mars, a choisi de ne pas remettre de l’huile sur le feu. Aucun mot tranchant, aucune relance sur la gestion de la crise. De la prudence ou du calcul politique ? Difficile à dire, mais le résultat est le même : une impression de normalité… fragile.
La ville veut passer à autre chose. Mais peut-elle ?
Depuis le retrait du maire en mars, puis son retour discret, la communication municipale semble vouloir effacer l’épisode comme une mauvaise note. Objectif : restaurer l’image de « havre de paix des Hauts-de-Seine », chère au maire lui-même.
Mais derrière les sourires, les Boulonnais n’ont pas oublié :
- L’accident mortel d’un jeune cycliste en 2021, à l’origine des tensions, reste une blessure vive.
- La confiance dans la majorité est entamée, notamment après l’éviction d’un adjoint pour « manque de loyauté ».
- Les demandes de transparence, de débat et de participation citoyenne, sont toujours là.
Nos conclusions : l’oubli organisé ne fait pas office de politique
À Boulogne-Billancourt, tout semble redevenu normal. Le conseil se tient sans débordement, les visages sont fermés, les questions embarrassantes évitées. Mais dans une démocratie locale digne de ce nom, le silence n’est pas toujours bon signe. Parfois, il sert à étouffer la mémoire. Et à ce jeu-là, certains Boulonnais ne sont pas dupes.
À suivre, donc. En silence ou pas.
Sources utilisées :
- Le Parisien (7 juin, 23 mars, 14 mars 2025)
- BFMTV (14 mars 2025)




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