
C’est une tradition qu’on aurait presque oubliée, coincée entre deux conseils municipaux et un voyage scolaire : les villes jumelées. Et Boulogne-Billancourt, en la matière, n’a pas fait les choses à moitié. Ou plutôt… elle les a faites à sept. Tour du monde diplomatique sans passeport.
1955 : quatre jumelages pour le prix d’un
Tout commence dans l’après-guerre, cette époque où les villes européennes se découvrent une passion pour l’amitié intercommunale. Le 18 juin 1955, Boulogne-Billancourt entre solennellement dans la grande histoire du jumelage, main dans la main avec… quatre quartiers de grandes capitales :
- Anderlecht (Bruxelles)
- Hammersmith (Londres)
- Neukölln (Berlin)
- Zaandam (près d’Amsterdam)
Le message est clair : paix, reconstruction, échanges de jeunes… et probablement une envie de montrer que Boulogne, elle aussi, sait jouer collectif à l’échelle européenne. Le tout validé par les ambassadeurs, un ministre de l’Intérieur (NDLR : Maurice Bourgès-Maunoury, fraichement successeur de François Mitterrand au sein du gouvernement de Pierre Mendès France), et 300 enfants invités dès cet été-là. Une autre époque, où la diplomatie passait par les colonies de vacances.
L’élargissement progressif du “Club des 7”
Mais Boulogne n’en est pas restée là. En 1968, l’Italie s’invite à la table avec Marino, petite commune proche de Rome, histoire d’ajouter une touche méditerranéenne au mélange déjà cosmopolite.
Puis en 1990, c’est carrément le Texas qui débarque, avec Irving, banlieue de Dallas. Objectif : des ponts transatlantiques, entre le dynamisme économique yankee et le charme discret de l’ouest parisien.
Et plus récemment, les jumelages avec Sousse (Tunisie) et Smederevo (Serbie) viennent rappeler que l’ouverture n’est pas qu’un mot de campagne. Le tout pour former une sorte d’OTAN municipal en version festive.
Mais pourquoi ces villes, justement ?
Pas (encore) de réponse claire sur la présence de Zaandam plutôt que Rotterdam, ou de Smederevo plutôt que Novi Sad. Mais les logiques sont là :
- En 1955, il fallait réconcilier l’Europe, quartier par quartier s’il le fallait.
- En 1968, on ouvre vers le Sud, sans perdre le Nord.
- En 1990, on mise sur l’économie et l’international, avec l’Amérique en ligne directe.
- Et depuis, on se tourne aussi vers le bassin méditerranéen et les Balkans, parce qu’un bon jumelage, c’est comme une valise : il faut savoir la remplir.
Des échanges concrets, parfois oubliés
Au-delà de l’affichage, ces jumelages ont produit de vrais échanges : jeunes en voyage, spectacles croisés, projets associatifs, matchs de foot, correspondances scolaires… Aujourd’hui, l’élan est plus discret, mais les liens perdurent, entretenus par des structures locales et parfois par des associations motivées.
La ville continue d’arborer fièrement les blasons de ses partenaires. Même si certains Boulonnais ignorent toujours où se trouve Smederevo, ou s’ils doivent dire « Anderlèkt » ou « Anderlecht ».
Nos conclusions : diplomatie douce et souvenirs d’échanges
À l’heure où l’international se mesure en hashtags et en visios, les jumelages de Boulogne-Billancourt rappellent une époque où l’amitié passait par des trains de nuit et des week-ends en auberge. C’est désuet ? Peut-être. Mais c’est aussi une mémoire locale, faite de liens, de cultures croisées et d’enfants qui repartent avec un drapeau dans la valise.
Et entre nous, ça vaut bien un jumelage de plus.
Sources :
- Le Monde – Jumelage de Boulogne-Billancourt avec quatre villes étrangères
- Commune d’Anderlecht – Partenariats et histoire du jumelage
- Jumelage.xyz – Liste et historique des villes jumelées avec Boulogne-Billancourt
- Ville de Boulogne-Billancourt – Histoire et patrimoine
- Wikipedia – Jumelage et histoire de la ville




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