Le PSG a remporté la Ligue des champions. Scènes de liesse à Paris, Boulogne n’est pas en reste. Mais les pétards n’ont pas plu à tout le monde. Certains élus locaux ont préféré dégainer sur les réseaux sociaux. Entre agacement, allusions douteuses et récupération sécuritaire, retour sur une soirée où les tensions sont montées… sans que ce soit (entièrement) la faute des supporters.

Une fête… pas tout à fait tranquille

Samedi 31 mai 2025, le PSG devient champion d’Europe. À Boulogne-Billancourt, comme partout en région parisienne, des centaines de supporters laissent éclater leur joie. Klaxons, fumigènes, cris, chants, pétards : un 14 juillet en avance pour certains, un enfer sonore pour d’autres.
Mais à l’inverse de Paris, aucune scène de violence majeure n’a été rapportée à Boulogne. Quelques attroupements, un peu de bruit, mais rien qui justifie un appel à l’armée.

Quand les élus soufflent sur les braises

Au lieu d’apaiser, certains élus locaux ont préféré commenter. Sur Facebook, Yann-Maël Larher, élu de la majorité municipale de Pierre-Christophe Baguet, s’est fendu d’un post saluant ironiquement la soirée.
Extrait choisi :

Jusqu’ici, un ras-le-bol banal. Mais l’élu poursuit :

Là, le ton change. Car si les fumigènes peuvent légitimement agacer, la référence aux “vendeurs de kebabs” n’est pas anodine.
Nombre d’internautes y voient une allusion à peine voilée à l’origine supposée des supporters, et une stigmatisation racialisée, volontaire ou non.

Un post de trop ?

Plusieurs Boulonnais, indignés, ont interpellé Yann-Maël Larher en ligne, l’accusant d’assimiler la fête à un désordre “communautaire”, et de jouer avec les codes d’un discours sécuritaire ambigu. Certains rappellent que ce type de glissement est devenu banal dans le débat public, où l’évocation de quartiers, de kebabs ou de “communautés” sert souvent à dire sans dire.

Faut-il pour autant parler de racisme ? Juridiquement, non. Politiquement, la nuance est plus délicate.

De la ville aux ministères : même tonalité ?

Et puisque les mots ont un poids, restons sur ce terrain lexical où la droite aime désormais jouer avec les allumettes. Au lendemain des débordements post-victoire du PSG, Bruno Retailleau, ministre et soutien affiché de Pierre-Christophe Baguet aux dernières élections locales, s’est fendu d’un mot bien choisi : les fauteurs de troubles seraient des « barbares ». Pas des « sauvageons », pas des jeunes désœuvrés, non : des barbares. Un terme aussi antique (NDLR : grec ancien) que chargé, qui fleure bon la France “civilisée” assiégée par les “Autres”. Ce glissement sémantique — que même les historiens coloniaux n’osaient plus utiliser — dit beaucoup de l’imaginaire politique à l’œuvre : celui où certains citoyens ne seraient jamais vraiment des nôtres, peu importe ce qu’ils célèbrent, où ils habitent. À Boulogne comme ailleurs, quand l’Empire vacille, les mots trahissent les peurs.

Le vrai du faux sur les réactions politiques

Vrai : Oui, des élus ont exprimé leur agacement. Oui, certains termes employés comme “sauvagerie” ou “bandes” ont été relayés.


Faux : Il n’existe pas de preuve légale ou factuelle que ces propos constituent une infraction raciste.

À nuancer : Dans un contexte national ultra-politisé, où chaque incident devient prétexte à récupération, la frontière entre critique de comportements et stigmatisation est mince. Et les réseaux sociaux ne facilitent pas la nuance.

Nos conclusions : une fête, un malaise, et toujours pas de débat serein

Le football, encore une fois, cristallise des tensions qui le dépassent largement. Si la majorité des supporters a célébré sans violence, les réactions d’élus comme Yann-Maël Larher — ou de ministres comme Bruno Retailleau — révèlent une difficulté croissante à penser le vivre-ensemble sans glisser dans les amalgames.
Oui, il faut parler des débordements. Mais sans faire de raccourcis faciles, sans jouer sur les peurs, et surtout sans transformer chaque barbecue nocturne en preuve de “dérive civilisationnelle”.

Moralité : le kebab ne fait pas le moine.

Sources :

RMC Sport, Le Monde, RTBF, Franceinfo, Charente Libre, Sud Ouest, Wikipédia, Facebook de Yann-Maël Larher, RTL, France Inter

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