
Sur les ruines des usines Renault, un parc a poussé. Mieux : il vient d’être récompensé par le label « EcoJardin ». Un joli coup de vert pour l’écoquartier du Trapèze… mais aussi un test grandeur nature de notre rapport aux espaces publics et à la biodiversité urbaine.
Du trapèze de tôle au triangle chlorophyllé
Il y a vingt ans encore, c’était le royaume du bitume et de la tôle : les usines Renault occupaient tout le secteur. Aujourd’hui, le parc Billancourt, né du projet de reconversion « Rives de Seine », étend ses 7 hectares de biodiversité maîtrisée en plein cœur de l’écoquartier du Trapèze.
Inauguré en 2017 et dessiné par l’agence TER, le parc ne se contente pas d’être agréable : il gère les eaux pluviales, filtre l’air, accueille promeneurs, joggeurs et insectes en tous genres. Un poumon vert, oui — mais aussi un laboratoire écologique à ciel ouvert.
EcoJardin : un label qui ne pousse pas tout seul
Derrière cette reconnaissance se cache le très sérieux label “EcoJardin”, attribué par l’Agence régionale de la biodiversité. Contrairement à une médaille de fin de kermesse, ce label s’obtient après audit indépendant, et peut être retiré si les engagements ne sont plus tenus.
Ce que cela signifie concrètement qu’au parc Billancourt :
- Zéro pesticide : ni Roundup, ni engrais chimiques dans les allées.
- Eau recyclée : l’arrosage repose sur la récupération des pluies.
- Faune chouchoutée : hôtels à insectes, nichoirs, zones refuges, fauche tardive.
- Trame noire : la nuit, l’éclairage se fait discret, pour laisser dormir les chauves-souris.
- Jardiniers formés : une gestion différenciée des sols, adaptée à chaque écosystème.
- Sensibilisation du public : panneaux pédagogiques, animations, ateliers.
Bref, un jardin “écolo” qui bosse plus que certains humains en télétravail.
Entretien écologique : entre convictions et malentendus
Non, l’herbe n’est pas mal tondue. Oui, c’est volontaire. Le parc Billancourt mise sur une gestion différenciée, laissant certaines zones en friche contrôlée. Une esthétique moins « Versailles », plus prairie pédagogique, qui peut surprendre les maniaques de la tondeuse.
Mais cette apparente désinvolture est un choix assumé pour favoriser la biodiversité, laisser vivre les insectes, et rompre avec la ville “shampouinée” qui assèche le vivant à force de propreté.
Une ambition qui mérite vigilance
Le label EcoJardin, renouvelé chaque année, impose un suivi constant et rigoureux. À Boulogne-Billancourt, la communication municipale s’en félicite, mais l’enjeu dépasse le simple trophée vert :
Car il s’agit de réconcilier l’urbain et le vivant, d’accepter des usages plus souples, et de faire confiance à la nature… un peu plus qu’au béton.
Et si l’on rêve que l’écologie ne soit pas qu’une façade (verte), on pourrait imaginer que d’autres lieux publics s’inspirent de cette rigueur environnementale. Par exemple, remplacer les promesses de végétalisation par une vraie politique du vivant, du sol à la cime. Car oui, un banc à l’ombre d’un arbre, c’est parfois plus utile qu’un amphithéâtre minéral flambant neuf.
Nos conclusions : un parc pas parfait mais cohérent !
Le parc Billancourt n’est pas un parc parfait, mais il est cohérent, vivant et exigeant. Il nous propose une autre idée du confort urbain : plus buissonnier, plus vivant, plus résilient.
Et si, dans une ville où la glace a disparu, la biodiversité pouvait, elle, s’installer durablement, ce serait peut-être une victoire pour tous. A commencer pour les insectes.
Sources : Ville de Boulogne-Billancourt – Parc Billancourt, Agence régionale de la biodiversité Île-de-France / Plante & Cité – Label EcoJardin, Le Parisien – «Boulogne-Billancourt : le parc Billancourt labellisé EcoJardin» (2023), Boulogne-Billancourt Magazine – Dossier « Nature en ville » (2024), Plan Guide de l’Écoquartier du Trapèze – SPL Val de Seine, Panneaux pédagogiques et communication municipale sur site




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