
Depuis sa tour de la Seine Musicale, elle faisait entendre les plus belles voix d’enfants de France. Aujourd’hui, la Maîtrise des Hauts-de-Seine est au cœur d’un vacarme judiciaire et médiatique. Tentons d’y voir clair, entre faits établis, allégations et mélodie dissonante.
Un joyau vocal installé à Boulogne
Installée depuis 2017 à la Seine Musicale, sur l’île Seguin, la Maîtrise des Hauts-de-Seine est l’un des chœurs de jeunes les plus prestigieux du pays. Fondée en 1985, elle accueille plus de 650 chanteurs de 5 à 30 ans, répartis en douze ensembles. Ici, pas besoin d’être un petit Mozart pour entrer : l’audition est ouverte à tous, sans prérequis musical, avec une formation gratuite et un encadrement professionnel de haut niveau.
Officiellement chœur d’enfants de l’Opéra de Paris depuis 1995, la Maîtrise rayonne en France comme à l’international. Concerts, opéras, actions culturelles sur le territoire, tournées… Elle incarne une forme d’excellence artistique, bien implantée à Boulogne-Billancourt. Ou du moins, elle l’incarnait.
Un directeur sous enquête : ce que l’on sait
Depuis 2024, l’institution est secouée par une série de plaintes visant son directeur historique, Gaël Darchen, en poste depuis 1999. Cinq femmes – toutes majeures au moment des faits – l’accusent de harcèlement sexuel et moral, l’une d’entre elles ayant également porté plainte pour agression sexuelle.
Une enquête est ouverte par le parquet de Nanterre, confiée à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes, et 25 témoignages d’ex-élèves ont été versés au dossier. Certains dénoncent un climat d’emprise psychologique, des propos ambigus, des gestes déplacés et une gestion qualifiée de « sectaire ».
La présidence de la Maîtrise nie les accusations, aucune condamnation n’a été prononcée à ce jour, et l’enquête suit son cours dans un climat de forte tension.
Entre silences feutrés et critiques fortes
La suspension du partenariat avec l’Opéra de Paris en septembre 2024 a marqué un tournant. Si la Maîtrise continue ses activités, l’ambiance s’est nettement alourdie. Un rapport parlementaire, publié en avril 2025, évoque un fonctionnement « en vase clos », des dérives managériales et un manque de dispositifs d’écoute.
Les critiques dépassent la seule question pénale. Des parents d’élèves ont pointé du doigt la gestion financière de l’association, entre frais opaques et rémunérations jugées excessives. Là encore, aucune infraction n’a été constatée, mais la commission parlementaire recommande un renouvellement de la gouvernance.
Ce qu’il faut retenir (au-delà du tumulte)
Dans le brouhaha médiatique, distinguer le vrai du faux devient un exercice de solfège civique.
Voici ce qui est avéré :
- Une enquête judiciaire est en cours pour harcèlement moral et sexuel.
- Le partenariat avec l’Opéra de Paris est suspendu, mais la Maîtrise continue ses activités.
- Le rapport parlementaire recommande des réformes de gouvernance dans les institutions culturelles accueillant des jeunes.
Et ce qui relève du flou ou de l’interprétation :
- Aucune condamnation n’a été prononcée à ce jour.
- Les faits dénoncés concernent pour l’essentiel des adultes au moment des accusations.
- La Maîtrise n’est ni dissoute, ni vidée de sa mission.
Nos conclusions : écouter sans couper la voix
L’affaire Darchen est grave. Elle doit être traitée avec la plus grande rigueur judiciaire, dans le respect de la présomption d’innocence comme du droit des victimes à être entendues. Mais elle ne doit pas éteindre les voix, ni enterrer la mission éducative, artistique et sociale de la Maîtrise.
À Boulogne-Billancourt, entre béton, béton… et béton, la Maîtrise faisait entendre un peu de grâce. Espérons que cette institution unique pourra, après les tempêtes, retrouver un juste accord entre exigence artistique et exemplarité humaine.
Sources : hauts-de-seine.fr, Radio France, France Musique, Le Monde, Le Parisien, Mediapart, France Inter, ResMusica, Wikipédia




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