
C’était plus qu’un magasin. C’était un repère, une mémoire, un refuge pour passionnés de sport sur glace. La Maison du Patin fermera définitivement ses portes le 10 juin prochain. Une fermeture qui résonne comme un dernier coup de lame dans une ville qui tourne le dos à sa propre histoire sportive.
Des Quatre Cheminées à la mémoire collective
Au 4 bis rue des Quatre Cheminées, une petite vitrine résistait encore à l’effacement de la glace à Boulogne-Billancourt. La Maison du Patin, née à Paris 16ème (NDLR : au 19 rue Mesnil, non loin de la patinoire Saint Didier) en 1945 et installée à Boulogne depuis 1955, était devenue un haut lieu du hockey, du patinage artistique et du roller hockey. On y croisait des champions, des débutants, des familles, des clubs… et surtout Pierre Pochon, (ancien gardien de hockey, manager sportif du club ACBB Hockey et entraineur des gardiens toujours à l’ACBB Hockey) le gardien de ce temple et conseiller de confiance.
Ici, on venait chercher bien plus qu’un casque ou des lames. On venait faire partie d’un monde, celui de la glace. Celui que la mairie a visiblement décidé de congeler… définitivement.
Un lieu, des souvenirs, une passion
Fondée par Germaine Pelissier en 1945, c’est au mois de décembre 1955, à l’occasion de l’inauguration de la patinoire de Boulogne-Billancourt, que Michel Lelluch, un commerçant astucieux, décida d’ouvrir, à proximité de la « Fédérale », un magasin spécialisé dans les sports de glace, déménageant ainsi officiellement la Maison du Patin à Boulogne. Reprise récemment par Promoglace, gérée par Pierre Pochon, la Maison du Patin a traversé les époques comme un patineur aguerri en pleine finale.
- Avec des marques renommées comme Cooper, Koho ou Bauer, elle devint pendant ses quinze premières années le fournisseur quasi exclusif dans l’hexagone.
- Elle a équipé les jeunes de l’ACBB, les clubs de toute l’Île-de-France, des équipes nationales, et les enfants du quartier.
- Elle a affûté des milliers de lames de patin, avec patience, passion, et un petit mot sympa.
- Elle a connu les grandes heures de la patinoire fédérale, les galas, les compétitions, les goûters d’anniversaire sur glace, et les entraînements du mercredi soir.
Aujourd’hui, tout cela fond.

Trois questions à Pierre Pochon, dernier rempart
Votre plus beau souvenir ?
Que dire sur cette aventure !! Effectivement, La Maison du Patin, ce haut lieu des sports de glace n’était pas une simple boutique mais un véritable lieu de vie ou on pouvait durant une journée rencontrer des amateurs comme des professionnels, venant du coin de la rue comme du bout du monde. J’ai eu la chance en 2020 que Rudy Goy (PDG de Hockey Lines Distribution et de Promoglace) me confie les clés d’un magasin aussi renommé, et pour lequel, en plus d’y vendre des articles, il fallait y préserver son identité.Des souvenirs, des centaines seront à jamais gravés dans ma mémoire. Cependant si je devais n’en citer qu’un, ce serait les après-midis où errait notre cher Peter Matousek, notre entraineur historique des Tigres de l’ACBB qui se faisait une joie de pouvoir se mettre dans un coin du magasin pour écouter les clients et qui n’hésitait pas à y aller de son conseil avisé. Le souvenir d’un Peter qui était là pour m’épauler (tout comme dans mon parcours sportif) lorsque des gens venant des pays de l’Est et ne parlant ni français ni anglais voulaient acheter de l’équipement, Peter prenait alors les devants et pouvait se lancer que ce soit en tchèque, slovaque, russe, polonais dans des débats animés et engagés. Les rendez-vous improvisés toujours entre des membres du staff des Tigres durant lesquels, parfois même, les clients extérieurs se pensait sûrement au café du commerce. Ce magasin aura été pour moi une magnifique aventure qui m’aura permis de grandir humainement et professionnellement.
Une anecdote sur la Maison du Patin ?
Grace à ce petit magasin, j’ai pu enrichir mes connaissances sur nos sports passions. Grace à lui j’ai découvert qu’il y avait des patinoires dans des pays insoupçonnés tel que le Yémen, l’Égypte, le Brésil, la Thaïlande, l’Iran, Cancun ou encore du développement des parcs des patinoires dans un pays comme le Maroc qui eux, contrairement à la ville de Boulogne-Billancourt foncent droit dans ce projet, et cela est assez surprenant quand on connait le climat qui persiste dans ces pays ….
Un dernier mot ?
J’ai une pensée pour toutes les personnes qui ont fait de ce magasin ce qu’il en est aujourd’hui, des anciens gérants, vendeurs ou apprentis qui se seront succédés au fil des années. Ce n’est pas une fermeture de boutique, c’est la fin d’un chapitre. J’espère qu’un jour, Boulogne se souviendra qu’elle a été une grande ville de glace. »
Une fermeture qui en dit long
La Maison du Patin ne ferme pas parce qu’elle aurait mal géré ses stocks ou raté le virage numérique. Elle ferme parce qu’on lui a retiré sa raison d’être : la patinoire, sacrifiée par la mairie au nom d’une “vision écologique” discutable, au grand dam des 35 000 signataires de la pétition qui demandaient son maintien.
La fermeture du magasin, comme celle de la glace, est tout un symbole. Le symbole d’un sport extra-terrestre, parce qu’il ne rentre pas dans une case Excel. D’une culture de quartier, artisanale, engagée, balayée d’un revers de bras par un urbanisme business sans mémoire.
Nos conclusions
Le 10 juin, c’est une institution qui ferme. Mais aussi un dernier bastion. Un endroit de rencontres où l’on parlait Bauer, galas, du prochain match U13, ou de l’essor du championnat de roller, entre deux affûtages.
Avec la Maison du Patin, Boulogne-Billancourt perd une âme, et le sport sur glace, un cœur battant. Et pendant que la mairie médite sur la “ville de demain”, les Boulonnais, eux, se souviendront du bruit en atelier de la machine à affuter… et de la porte vitrée, du 4 bis Rue des 4 Cheminées, que l’on aura définitivement fermée à double tour.
Sources : Promoglace/Maison du Patin – historique, Hockey Hebdo, FFHG, Patiner à Boulogne, Le Parisien – Fermeture de la patinoire, Pétition citoyenne – “Sauver la patinoire de Boulogne-Billancourt”
** En conséquence ne manquez pas le grand déstockage **

Quelques photos souvenirs










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