
De la fumée des chaînes de montage aux lumières des scènes de concert, l’île Seguin a vu Boulogne-Billancourt changer de peau. Mais sous les tours vitrées, l’histoire bat encore.
Un fait marquant de l’histoire boulonnaise
Boulogne-Billancourt, aujourd’hui commune dynamique et prisée de l’ouest parisien, n’a pas toujours eu le visage lisse des plaquettes immobilières. C’est dans la sueur et le bruit des machines que s’est forgée son identité. L’installation des usines Renault sur l’île Seguin au début du XXᵉ siècle marque le point de départ d’une transformation radicale — industrielle, sociale, urbaine.
L’île Seguin, berceau d’une ville ouvrière
C’est en 1920 que Louis Renault choisit l’île Seguin pour y implanter ses nouvelles usines automobiles. Le site est stratégique : proche de Paris, bien desservi par la Seine, et propice à l’expansion. Très vite, Boulogne change d’échelle. La ville devient l’un des poumons industriels de la région, et les chiffres donnent le vertige : jusqu’à 30 000 ouvriers y travaillent à l’apogée du site.
Avec cette croissance fulgurante, la ville s’urbanise : logements sociaux, écoles, équipements publics… tout est bâti autour de l’usine. Mais c’est aussi un haut lieu de lutte : Boulogne devient bastion syndical, théâtre des grandes grèves de 1936, puis des contestations de mai 1968. La ville respire au rythme de la chaîne.
Bombardée mais pas oubliée
Durant la Seconde Guerre mondiale, l’île Seguin devient une cible stratégique. Les usines, réquisitionnées pour l’effort de guerre allemand, sont violemment bombardées par les Alliés. En 1942, plusieurs raids font des dizaines de morts et détruisent des pans entiers du site.
Ces événements laissent une cicatrice profonde dans la mémoire collective boulonnaise. Et rappellent que l’histoire industrielle de la ville est aussi faite de sacrifices.
1992 : la fermeture, la fracture, le flou
Quand les usines ferment définitivement leurs portes en 1992, c’est un choc. Pas seulement économique : l’île, cœur battant de la ville, cesse de vivre. Les ouvriers, les familles, les commerçants, toute une économie locale est frappée de plein fouet.
Ce terrain géant au milieu de la Seine devient un symbole : celui de la désindustrialisation et du vide urbain. Pendant plus d’une décennie, les projets se succèdent — et échouent. Le musée Pinault ? Avorté. La tour Jean Nouvel ? Abandonnée. Le campus Bolloré ? Retiré. L’île Seguin est un terrain d’attente, et parfois de frustration.
De l’industrie à la culture : une mue réussie ?
Il faudra attendre 2017 pour qu’un nouveau projet voie enfin le jour : La Seine Musicale, vaisseau architectural et symbole d’un virage assumé vers la culture et les services. L’île change de fonction, la ville aussi. Exit les chaînes, bonjour les concerts.
Mais pour que cette reconversion soit plus qu’une façade, il fallait aussi se souvenir. Et c’est là que les associations comme Mémoire Ouvrière jouent un rôle crucial. À travers expositions, archives et récits, elles maintiennent vivante l’histoire de ceux qui ont façonné Boulogne à la force des bras.
Une mémoire toujours vivante
Aujourd’hui, Boulogne-Billancourt est souvent citée comme un exemple de reconversion urbaine. Et c’est vrai que peu de villes ont su aussi bien intégrer leur passé industriel dans un avenir culturel.
Mais derrière les façades vitrées de La Seine Musicale, l’écho des marteaux résonne encore. L’identité ouvrière, même transformée, n’a pas disparu. Elle infuse encore l’histoire locale, les noms des rues, la mémoire des anciens, et les débats sur l’avenir.
Une histoire qui façonne le présent
L’épopée Renault est plus qu’un chapitre de l’histoire boulonnaise. Elle est son socle. Et même si le paysage a changé, l’empreinte ouvrière demeure. Elle oblige à se souvenir, à rendre hommage, mais aussi à interroger les mutations à venir.
À Boulogne-Billancourt, on ne détruit pas l’histoire. On la transforme.
Sources : Wikipédia, Le Parisien, Mémoire Ouvrière




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