Une ville pleine de promesses non tenues

Boulogne-Billancourt aime les grands projets. Elle les annonce avec ferveur, les dessine avec ambition, les présente avec fierté. Puis, souvent, elle les oublie. Skatepark, street workout, équipements publics, aménagements spectaculaires : entre promesses et réalités, il y a tout un monde… ou plutôt un gouffre. Et dans ce paysage urbain figé, les habitants, eux, attendent toujours.

Le skatepark fantôme : un rêve qui roule ailleurs

Annoncé depuis des années, plébiscité par la jeunesse locale, le skatepark est resté à l’état de mirage. À l’heure où le skateboard devient discipline olympique, Boulogne-Billancourt semble avoir raté la marche — ou plutôt le rail.

Les raisons invoquées sont classiques : pas de budget, pas de place, pas de priorité. Résultat : les skateurs boulonnais partent en exil dans les villes voisines, pendant que la mairie, elle, fait du surplace.

L’aire de street workout : muscu sans muscles

Autre victime collatérale de la promesse sans lendemain : le projet d’aire de street workout issu du budget participatif jeunesse 2022. Porté par des habitants motivés, voté démocratiquement, il devait incarner la vitalité du sport en plein air. Il n’incarne aujourd’hui qu’un vide soigneusement entretenu.

Entre “problèmes techniques” et “priorités budgétaires” (traduire : ce n’est pas ce qu’on voulait faire), le projet a disparu sans même avoir transpiré une seule goutte. Un muscle non sollicité finit toujours par s’atrophier.

L’île Seguin : 30 ans de projets et toujours rien

C’est sans doute le symbole absolu de l’urbanisme frustré : l’île Seguin, ancien fief de Renault, attend toujours de renaître. En 30 ans, elle a vu passer François Pinault, Jean Nouvel, Vincent Bolloré… Tous partis avant la pose de la première pierre.

Aujourd’hui encore, la partie centrale de l’île reste une friche. Pas d’espaces publics, pas d’activités sportives, pas d’accès pour les habitants. Si le ridicule tuait, il aurait au moins laissé une trace visible.

Le stade omnisports… réservé à une élite

Pensé à l’origine comme un stade accessible à tous, le projet s’est métamorphosé en salle de basket professionnelle de 5 000 places. Coût : plus de 100 millions d’euros. Usages pour le grand public : quasi inexistants.

Les associations sportives locales, les écoles, les clubs de quartier ? Largués. Le sport éducatif ? Oublié. Mais pour accueillir quelques matches sous projecteurs, tout est bon. Même dépenser sans compter.

Le château Rothschild : 30 ans d’oubli en pleine lumière

Bijou du patrimoine boulonnais, le château Rothschild trône au cœur de la ville… dans un état de délabrement avancé. Racheté en 2016, il devait enfin revivre sous l’égide de Novaxia. Nous sommes en 2025. Toujours rien.

Les pigeons y sont mieux installés que les habitants. Et les seules visites autorisées sont celles des champignons dans les murs.

Une ville qui préfère les promesses aux réalisations

Ce n’est pas le manque d’idées qui fait défaut à Boulogne-Billancourt, mais leur mise en œuvre. Chaque projet abandonné est une promesse trahie, chaque retard une gifle à l’intelligence collective. Pendant que les habitants réclament des équipements utiles et concrets, la municipalité semble préférer les vitrines brillantes… sans intérieur.

À l’approche des municipales de 2026, cette accumulation de projets avortés pourrait bien devenir un levier d’alternance. Car les Boulonnais n’attendent plus des annonces. Ils attendent des actes.

Sources : Le JDD, Skate-O-Rama, Budget participatif jeunesse, Business Immo, Neverends.net, Antoine De Jerphanion

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