
Retransmettre les conseils municipaux ? Une mode passagère, selon Pierre-Christophe Baguet. Dans les Hauts-de-Seine, 16 villes ont choisi la transparence… mais Boulogne préfère l’omerta. Une singularité qui en dit long.
Transparence ou opacité ?
Depuis la crise sanitaire, les conseils municipaux en ligne sont devenus monnaie courante. Dans les Hauts-de-Seine, 16 communes sur 36 diffusent désormais leurs séances en direct, permettant aux habitants de suivre les débats sans quitter leur canapé. Une avancée pour la démocratie locale ? Visiblement pas pour Boulogne-Billancourt. Ici, le maire Pierre-Christophe Baguet (LR) campe sur une position inflexible : pas de caméra, pas de diffusion, pas de débat. L’écran noir comme ligne politique.
Le 92 diffuse, Boulogne s’éteint
Le mouvement de retransmission n’est pas marginal : Asnières-sur-Seine, Levallois-Perret, Nanterre… des grandes villes dirigées par des maires de tous bords, y compris LR, ont franchi le pas. À Asnières, Manuel Aeschlimann filme ses conseils depuis 2008, affirmant vouloir « renforcer le lien entre élus et citoyens ». À Levallois, Agnès Pottier-Dumas attire parfois plus de 8 000 spectateurs en ligne. Et tout cela sans incident majeur, ni explosion budgétaire : la plupart des communes gèrent la captation en interne.
Mais à Boulogne, l’argument est tout autre : la retransmission alimenterait « des tensions inutiles » et nuirait à la qualité des débats. En clair : mieux vaut débattre à huis clos, sans public trop regardant. La démocratie, oui, mais seulement sur invitation.
Une gestion crispée de la visibilité
Le conseil municipal du 13 mars 2025 a illustré cette frilosité. Alors que des journalistes filmaient la séance, le maire s’est emporté. L’un d’eux a même été agressé par des agents municipaux – une plainte a été déposée. Cet épisode, loin d’être anecdotique, révèle une conception très particulière de la transparence municipale : lorsqu’elle dérange, on la muselle.
Les associations locales et les élus d’opposition ne s’y trompent pas. Pour eux, ce refus catégorique d’ouvrir les débats publics témoigne d’une volonté de contrôler l’information. Quand la lumière gêne, on tire les rideaux.
Même famille politique, deux salles, deux ambiances
Il serait tentant d’expliquer cette exception par une divergence idéologique. Mais non : les maires de Levallois et Asnières sont eux aussi LR. Ils ont simplement choisi de vivre avec leur époque. À Boulogne-Billancourt, on préfère s’accrocher aux pratiques d’avant. Comme si diffuser un conseil municipal relevait d’un acte révolutionnaire.
Cette dissonance renforce les critiques : pourquoi refuser ce que d’autres gèrent avec succès ? Pourquoi cette crainte permanente d’un regard citoyen sur la vie publique ? Et surtout, que cherche-t-on à ne pas montrer ?
Une même logique d’opacité : vélo, patinoire… et silence
Ce choix s’inscrit dans une politique plus large. Sur les pistes cyclables, Boulogne est à la traîne. Sur la patinoire, le maire a préféré un bras de fer judiciaire à un dialogue avec les associations. À chaque fois, la méthode est la même : décider seul, ignorer les contestations, verrouiller l’espace public – y compris dans sa dimension numérique.
Pendant ce temps, Meudon investit dans une nouvelle patinoire, aménage des pistes cyclables malgré les tensions… et accepte les débats. Comme quoi, il est possible d’assumer des choix tout en regardant les citoyens dans les yeux. Et même dans l’objectif.
Nos conclusions : une exception qui interroge la démocratie locale
À l’heure où la transparence devient un pilier attendu de la vie publique, Boulogne-Billancourt persiste à faire bande à part. Ce refus obstiné de retransmettre les conseils municipaux interroge, dérange, et pourrait bien devenir un sujet brûlant lors des municipales de 2026.
Car plus que des caméras, c’est une vision de la démocratie locale qui est en jeu. Et dans cette pièce, pour l’instant, le public reste à la porte.
Sources : Le Parisien, BFMTV, Public.fr, 94 Citoyens




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