
Pas d’augmentation d’impôts depuis 2009 : un mantra fièrement brandi par la mairie de Boulogne-Billancourt. Mais derrière cette stabilité fiscale, une mécanique bien rodée : vendre du patrimoine, emprunter, et croiser les doigts pour que personne ne regarde trop les comptes. Gestion rigoureuse ou fuite en avant ? Décryptage d’un équilibre aussi fragile que flatteur.
Une fiscalité basse… mais à quel prix ?
À Boulogne-Billancourt, la taxe foncière plafonne à 15,09 %, quand la moyenne nationale grimpe à 45 %. Depuis 16 ans, aucun relèvement, une rareté en France.
La mairie en fait un totem de vertu budgétaire, martelé chaque année dans le Boulogne-Billancourt Information.
Mais derrière cette façade :
- 293 millions d’euros reversés à l’État depuis 2013,
- Une inflation galopante,
- Et des coûts de fonctionnement en hausse constante.
Dit autrement, les impôts stagnent, mais les factures grimpent.
Le patrimoine communal à la rescousse
La vraie baguette magique budgétaire, ce ne sont pas les économies : ce sont les ventes. Depuis plusieurs années, la mairie cède régulièrement des biens publics.
Exemples :
- En 2025, 32 millions d’euros encaissés avec la vente de parcelles de l’Île Seguin.
- Des immeubles, des terrains non « stratégiques », et d’autres actifs fondent dans l’inventaire.
Objectif ? Maintenir un haut niveau d’investissement… sans toucher aux impôts.
Une stratégie critiquée comme court-termiste
L’opposition municipale y voit une logique dangereuse :
« On vend aujourd’hui ce qu’on regrettera demain »,
souligne un conseiller d’opposition.
Les risques évoqués :
- Érosion du patrimoine public,
- Moins de marge de manœuvre pour les générations futures,
- Décisions prises sans réelle concertation citoyenne.
Car en coulisses, aucune consultation, aucun débat public sur les choix d’actifs vendus. Circulez, y’a pas de bilan.
Une dette « maîtrisée »… mais qui grimpe
En parallèle, la dette municipale augmente :
- 139,7 millions d’euros fin 2025 (contre 805 €/hab, sous la moyenne nationale, certes).
- Une capacité de désendettement qui passe de 5,2 à 8,5 ans : encore « acceptable », mais en dégradation.
Pendant ce temps, 67,9 millions d’euros d’investissements sont programmés en 2025, notamment :
- Réhabilitation de bâtiments publics,
- Crèches et écoles,
- Plan vélo sur la RD907,
- Et surtout, l’Île Seguin, joyau culturel… et gouffre budgétaire.
Une communication bien huilée
Chaque année, la mairie vante dans le BBI sa gestion « exemplaire ». Le refrain est connu :
« À Boulogne, on n’augmente pas les impôts. »
« Nous faisons plus avec moins. »
Sauf que ce « moins » est financé par la vente de biens, par la dette, et par des recettes conjoncturelles (droits de mutation, subventions CAF…).
Une stratégie qui tient… tant que tout tient.
Un équilibre instable… que certains Boulonnais commencent à interroger
Les réactions sont partagées :
✅ Certains applaudissent une gestion « prudente »,
❌ D’autres dénoncent une politique d’épuisement du capital immobilier.
Et la question qui revient :
« Que fera la mairie quand il n’y aura plus rien à vendre ? »
Nos conclusions : peut-on éternellement vendre pour ne pas taxer ?
La stratégie fiscale de Boulogne-Billancourt séduit aujourd’hui mais pourrait coûter cher demain. Tant que les ventes se poursuivent et que la dette reste contenue, l’équilibre tient.
Mais c’est un peu comme vendre les meubles pour payer le chauffage : ça marche, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de chaises.





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